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Après un mois en salle, le film d’Albert Dupontel frôle les deux millions d’entrées. Une histoire bien ficelée qui se joue après la première guerre mondiale, les années folles où les masques triomphent. Succès mérité.

«Au revoir là haut» Une belle gueule cassée signée Dupontel

«C'est une longue histoire, compliquée…»
Albert est dans une gendarmerie. Maroc colonial. Un sbire vient de lui enlever ses menottes. «On a tout le temps !», lui répond un officier qui l’interroge. Deux heures à peine.
Retour en arrière. Les tranchées, novembre 1918. Albert, le comptable, tétanisé dans la boue, le froid et le silence. Un chien apporte un message alors que les soldats attendent la fin du carnage. Un lieutenant lit ces quelques mots qui confirment que la guerre est finie. Mais il décide un ultime assaut contre les troupes allemandes. «Complètement absurde», murmure Edouard, l’air fragile. On se dit alors qu’on va avoir droit à un remake de ces innombrables films qui ressuscitent l’enfer vécu par les poilus pendant quatre ans. Pas du tout. Visages douloureux et scènes loufoques sous un déluge de feu. Des images magnifiques.
Au coeur de cette dernière bataille, Albert le prolétaire un peu simplet est sauvé par Edouard le bourgeois anarchiste qui le payera cher. Le sauveur se retrouve à l’hôpital. Gueule cassée. Plus grand monde aujourd’hui sait ce que ça veut dire. Les zombies de cette première guerre mondiale. Vingt millions de blessés.
Défiguré et muet, le dessinateur réclame de la morphine. Le début d’une amitié entre deux rescapés qui doivent alors réapprendre à vivre en paix. Lui décide de ne pas rentrer chez son «con de père», un affairiste sans scrupule. Il prend une nouvelle identité pour se glisser dans le cortège des «morts pour la France». Et se fabrique des masques pour dissimuler l’horreur, réduisant en esclavage son fidèle Albert dont la fiancée s’est envolée. Réfugié dans une banlieue minable, il tombe sur une fillette qui devient sa traductrice et sa muse. Albert fait vivre le trio alors que l’artiste reprend ses crayons et ses pinceaux pour imaginer une belle arnaque. Faux monuments aux morts.
Dans leur tanière, il invente des masques délirants. Clown blanc, oiseaux colorés, Don Juan vénitien… D’où émergent ses yeux bleus juvéniles. Superbes images encore.
Et l’histoire se complique. Le «con» de père a un doute. Il retrouve Albert qui lui a annoncé la mort de son fils en lui confiant ses derniers dessins. On plonge alors dans le Paris des années folles où resurgit le lieutenant implacable reconverti en canaille du business… Jusqu’au dénouement, pas un instant on ne lâche cette incroyable intrigue signée Pierre Lemaître couronné par le Goncourt en 2013. Un vrai défi de faire vivre ce roman compliqué. Mais c’est la magie de ce beau film où tout est suggéré avec délicatesse, notamment l’homosexualité d’Edouard.
Des moments forts, émotion sans en rajouter et c’est terriblement efficace. Comme ce face à face entre le fils et le père qui finit par avouer. «Il avait raison de vouloir être ce qu’il voulait être. Et il fallait être un sacré con pour ne pas l’accepter». Aveu ponctué par un final saisissant.
Mais la force de cet «Au revoir» ce sont les masques sublimes imaginés par Lilith Bekmezian qui impose ce héros sans visage. En soulignant l’hypocrisie de cette après guerre qui annonce un autre chaos, encore plus vertigineux. Le cynisme de l’argent et l’imbécilité politique qui soufflent sur les braises du patriotisme pour «endormir» le peuple.
Dernières images un peu niaises. Mais on zappe. Un film à voir absolument. Le succès n’étant pas forcément suspect !

«Au revoir là haut» d’Albert Dupontel avec Albert Dupontel, Nahuel Perez Biscayart, Melany Thierry, Laurent Lafitte, Niels Asrup… 1h57.

 

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