0
Lyon/Rhône-Alpes-Auvergne
06 89 86 76 06
a la une
Découvrir
Acheter
revue mytoc
La revue
de mytoc.fr
Lire notre revue

Sélectionné pour le Prix Goncourt, le dernier roman de la Lyonnaise, raconte sa guerre d’Algérie où elle est née. Du coté des innocents en uniforme qui ne comprenaient rien à ce chaos.

Brigitte Giraud explore ses origines

Pas toujours facile de raconter sa propre histoire. Surtout celle de sa naissance ! Brigitte Giraud a osé, en abandonnant son «je» qui a fait le style des huit précédents romans. Paradoxe.
Antoine dans le rôle de son père et Lila, sa mère. Elle, Camille.
A 20 ans, ses parents viennent de se marier. Antoine est appelé sous les drapeaux, en Algérie alors que sa femme vient de tomber enceinte. Début des années 60. La France s’accroche à cette colonie où les fellaghas se battent pour leur indépendance.
Lui, devient infirmier à l’hôpital militaire de Sidi-Bel-Abbès où défilent toutes les horreurs de cette guerre qui ne dit pas son nom.
Elle, angoisse dans la banlieue lyonnaise. Peur d’apprendre un jour que son mari rejoindra les 20 000 appelés «morts pour la France», pour rien. Elle, décide de le rejoindre, de l’autre coté de la Méditerranée. Lumière et poussière, chaleur accablante. Un minuscule appartement vide à l’ombre de cette caserne-hôpital où son mari s’est engagé à fond dans sa mission : soigner les autres. Il va alors devenir proche d’Oscar, amputé et muré dans le silence. Une embuscade qui a mal tourné dans le djebel. Et un lourd secret. «Antoine finira par savoir», annonce l’auteur dès les premières pages. Tout le mystère de ce livre. Jusqu’au bout, on imagine. Alors que la tension monte dans cette Algérie déchirée par les attentats, qui s’apprête à être secouée par le putsch des généraux.
Un drôle de livre. Rien à voir avec une épopée militaire. La trame c’est la vie ordinaire d’un jeune appelé perdu au milieu de ce chaos. Les punaises qui envahissent les lits, les bars où on se saoule à coup d’anisettes, la casbah et ses silhouettes voilées, les convois de soldats qui foncent sur les routes défoncées, les rumeurs sur cette «gégène» pour faire parler les rebelles… La peur toujours présente, au coin de la rue, dans un regard, un geste, un cri. Peur ordinaire qui ne lâche pas ces innocents en uniforme qui n’ont qu’un rêve : rentrer chez eux, vivant. Alors qu’un juke-boxes joue la rengaine de ces années folles : «Souvenirs, souvenirs…».
Antoine relève les blessés, nettoie leurs plaies, les rassure… Mais aussi enterre les morts. Avant de rejoindre sa femme, qui accouche, seule, à la maternité. «C’est une fille. Qui dort. Paisible, les poings fermés. Qui tète et qui sommeille. Trop sage dans une monde si agité».
Et la vie repend. «On les croirait en vacances, c’est ce que dira Lila à sa fille des années plus tard, il faisait beau tous les jours, ça ressemblait des vacances». Elle finit par rejoindre la France. L’infirmier se retrouve à la morgue à compter les cadavres.
Oscar aussi va regagner son Auvergne où l’attend sa famille et sa fiancée qui ne savent rien. La veille de son départ, Antoine exige qu’il tienne sa promesse. Lui raconter. Caporal dans un commando, il a vécu une nuit d’enfer avec les loups… Mais il déjà pris sa décision. Rejoindre la forêt.
Joli final, émotion et pudeur. La vérité à peine effleurée. Une écriture tout en suggestion. Pas facile d’imaginer sa naissance.

«Un loup pour l’homme» de Brigitte Giraud (Flammarion). 246 pages. 19 euros.

 

Vos commentaires