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Shantala Shivalingappa présente «Akasha», son spectacle de kuchipdi à la Maison de la Danse. Une danse indienne très exigeante programmée pour la première fois à Lyon.

«De l’émotion pure»

Que veut dire «Akasha» ?
Shantala Shivalingappa :C’est l’espace en sanscrit. Un espace universel, sans fin. C’est ma dernière création de kuchipudi. Le reflet le plus fidèle de mon parcours, de mes influences, de ce que je suis aujourd’hui.
Comment avez-vous découvert la danse ?
La danse et moi, c’est une longue histoire. Ma mère est danseuse et chanteuse. Quand elle est arrivée à Paris avec mon père qui travaillait à l’UNESCO, elle a poursuivi son travail artistique. Et quand j’étais enfant, j’ai commencé à l’imiter. A 6 ans, j’ai débuté des cours de bharata natyam, une danse classique indienne.
Est-ce compliqué d’avoir sa mère comme professeur ?
Je ne sais pas si ça aurait été plus facile avec elle ou sans elle. Ce qui est sûr c’est que cette danse est très exigeante et que ma mère l’est aussi. L’avantage aussi c’est qu’elle me connait tellement bien qu’elle a réussi à m’enseigner des choses très subtiles. Quand j’avais 15 ans, ma mère préparait une chorégraphie avec deux danseuses indiennes et un danseur classique pour une tournée en Angleterre. Et elle m’a demandé d’apprendre le kuchipudi. Je suis alors tombée sous le charme.
Quels sont les caractéristiques du kuchipudi ?
Toutes les danses indiennes ont un socle commun : elles racontent une mythologie, avec un rythme très développé et un important travail des mouvements de la main. Mais chaque style est imprégné d’influences régionales : une langue, une littérature, une musique différente… Le kuchipudi vient du sud de l’Inde. Et comme tous les arts indiens, il est imprégné de spiritualité. Mon maitre, qui a aussi été celui de ma mère, a vraiment revigoré le kuchipudi avec un style très personnel associant tradition et innovation.
Cette danse est-elle très pratiquée en Inde ?
Non, le bharata natyam et le kathak sont les danses les plus pratiquées en Inde. Le kuchipudi est plus limité géographiquement. C’est grâce à ma mère que j’ai eu la chance de le découvrir. Et c’est devenu une drogue pour moi. Une sensation dont je ne peux plus me passer, aussi bien au niveau physique qu’émotionnel. Quelque chose de tellement puissant que j’ai eu envie de le partager avec le public. Comme si on m’avait confié cette mission.
Est-ce difficile de toucher un public qui ne connait pas la culture indienne ?
J’ai grandi en France mais je suis née en Inde et j’ai toujours été passionnée par la culture indienne, sa philosophie, sa mythologie… Une manière fascinante de transmettre des histoires. Mais, en vivant en France, j’ai eu la chance de travailler avec Maurice Béjart, Pina Baush, Peter Brook… Et j’ai observé que tous ces grands artistes avaient une sensibilité et une fascination pour l’art indien. Je me suis alors vraiment rendu compte que la culture indienne était un véritable trésor. Des traditions tellement puissantes qu’elles sont devenues universelles.
Mais il y a quand même des codes !
Il ne faut pas chercher à tout comprendre. Le plus important c’est de découvrir un spectacle avec le cœur et l’esprit ouverts. La danse et la musique sont des vecteurs extrêmement puissants qui relève de l’émotion pure. Et là, il n’y a plus de barrière, plus d’obstacle. On s’en fiche que les spectateurs ne comprennent pas tous les codes ou toutes les références. L’essentiel c’est de partager un moment ensemble.
Et vous, qu’est-ce que vous apportez au kuchipudi ?
Ma double culture franco-indienne. Mon maitre était très exigeant mais il comprenait très bien que la tradition est vivante quand elle s’inspire d’autres styles. C’est ce que je fais aujourd’hui en travaillant avec des artistes très différents. Et cela se ressent dans ma manière de mettre en scène mes spectacles, de danser…
Une sorte de métissage…
Ce n’est pas du métissage. Je préfère parler de coloration. Quand je danse le kuchipudi, j’ai des références très variées. L’idée n’est pas de mélanger les styles mais de proposer une véritable alchimie, sans me poser de question. Naturellement.
Retournez-vous souvent en Inde ?
Au moins une fois par an. J’ai besoin de retrouver la fameuse «mother india», la terre mère. De plus, mes musiciens vivent aussi en Inde et cela me permet de travailler avec eux.
Votre mère est toujours présente à vos côtés ?
Oui et c’est un regard très important pour moi, le plus fiable dont je puisse bénéficier. En revanche, mon maitre n’est plus en vie mais son esprit créatif continue à m’accompagner chaque jour.

 

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