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Tribune. Philippe Fournier et son Orchestre Symphonique Confluences rendent hommage à Carmen et Bizet au cours d’un concert à Vaugneray jeudi 14 septembre. Explications du chef d’orchestre.

«Il faut savoir être soi-même»

«Emmener la musique classique là où on ne l’attend pas. C’était mon ambition quand j’ai créé l’Orchestre Symphonique Confluences. En 1989, j’ai proposé un projet au Conseil Général du Rhône : Les saisons musicales. Un festival itinérant pour mettre en valeur le patrimoine. Pendant plus de dix ans, on a joué dans des communes du département en allant à la rencontre d’un public qui n’allait pas aux concerts. Puis pendant huit ans, on a joué pour les publics dits «empêchés» dans les entreprises, hôpitaux, écoles, milieu rural... Depuis, on n’a jamais perdu de vue notre mission : démocratiser l’accès à la musique classique.  
Mais il ne faut pas simplement se contenter de faire un concert. Il y a un véritable travail d’accompagnement à réaliser. Sinon, on risque de produire l’effet inverse et creuser encore plus le fossé entre le public et la musique classique. 
C’est ce que j’ai fait en 2002 à Vaugneray, le village où j’habite dans les Monts du Lyonnais. J’ai proposé un concert réunissant une dizaine de chorales et des élèves du collège. On a travaillé sur Carmina Burana. Au final, on s’est retrouvé à plus de 500 sur scène ! On a investi une salle de tennis. C’est comme ça qu’est né le Festival Interval d’Automne organisé chaque année à Vaugneray. On s’est souvent produit là bas avec l’orchestre, on a joué Le roi Arthur, Le requiem de Verdi... On a aussi donné des concerts avec Marc Jolivet, Jean-Felix Lalanne...
Cette année on a opté pour Carmen. Un concert qu’on a déjà joué, notamment en Chine. Mais on ne va pas juste interpréter ce célèbre air de Bizet. On va tenter de faire comprendre au public comment est née la figure de Carmen. Ce qui m’intéresse c’est ce que Carmen représente dans la vie de Bizet, compositeur mort à 36 ans qui a passé sa vie à vouloir séduire le tout Paris culturel et notamment l’opéra comique, référence artistique de l’époque. Du coup, Bizet a écrit de nombreuses pièces insipides qui n’ont d'ailleurs pas traversées les époques. Trop conformistes, sans saveur.
Un jour, sans qu’on sache pourquoi, il a décidé d’écrire un opéra comme il en avait envie. Il a pris une mezzo comme rôle titre au lieu d’une soprano, ce qui ne se faisait pas. Il a travaillé sur un livret que tout le monde avait refusé, l’histoire d’une fille de joie. Il a brûlé des étapes, cassé les codes... Evidemment, cet opéra a été retiré au bout de quelques représentations car il n’était pas «à la mode». On raconte d’ailleurs que c’est ce qui aurait précipité son suicide. 
En créant Carmen, Bizet a laissé parler sa soif de liberté. «Tue moi ou laisse moi passer», dit Carmen à la fin de l’opéra. Je suis persuadé que Carmen c’est Bizet. D’ailleurs, il emmène Carmen à la mort, tout comme lui a mis fin à ses jours. Don José est aussi Bizet. Carmen et Don José sont des personnalités très opposées. Un peu comme les deux faces de Bizet. 
Depuis, Carmen de Bizet est devenu l’opéra le plus joué au monde, le plus adapté : cinéma, danse, théâtre… Un œuvre majeure du répertoire musicale. Mais aussi une belle preuve que dans la vie, il ne faut pas vouloir séduire à tout prix. Mais savoir être soi-même.
À travers ce concert du 14 septembre, ce qui m’intéresse ce n’est pas de jouer Carmen une énième fois. Mais d’apporter un éclairage, une réflexion. J’ai envie que le public s’interroge en se demandant si la priorité c’est la séduction ou la sincérité. Mon ambition est d’orchestrer les deux en soulignant que la musique n’est pas seulement un divertissement mais un outil pour interpeller l’homme.»

"Sur les pas de Carmen", le 14 septembre à 20h30 à Vaugneray dans le cadre du Festival Interval d'Automne.
Photo : Bertrand Pichene

 

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