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Invité par Jean-Pierre Coffe dans son émission de France Inter, Philippe Brunet-Lecomte en garde un souvenir fort. Il raconte ce personnage qui vient de disparaitre.

Jean-Pierre Coffe, un formidable homme de théâtre

« T’es dingue de t’en prendre au Beaujolais ! »
Ce qui m’a tout de suite frappé c’est l’ambiance joyeuse en entrant dans les studios de France Inter où Jean-Pierre Coffe réalisait tous les samedi en direct « Ça se bouffe pas, ça se mange ! » Une émission qui cartonnait au début des années 2 000.
Grosses lunettes, tête ronde et regard coquin. Un sacré personnage. Coloré, passionné, provocateur.
Il m’avait invité à la suite d’un interview publié par le magazine Lyon Mag dont j’étais le rédacteur en chef car on avait donné la parole à un oenologue qui avait décrété « Le beaujolais nouveau, c’est de la merde ».
Inutile de dire que ces quelques mots avaient enflammé le vignoble qui nous avait intenté un procès qu’on finira par gagner devant la cour Européenne des droits de l’homme. En attendant, Jean-Pierre Coffe avait décidé de mijoter une émission entièrement consacrée à cette affaire. En réunissant face à moi des défenseurs du Beaujolais. Un véritable tribunal.
« Tu ne vas pas craquer, gamin ? »
Je n’en menais pas large. Et ça l’amusait. « Tu bois bien un coup ? » m’a lancé l’animal en me servant un grand verre du beaujolais nouveau avant d’éclater de son rire braillard. Je commençais alors à lui expliquer pourquoi et comment on avait réalisé cet interview, il m’a coupé : « tais-toi ! » Et de m’expliquer qu’il ne faut jamais « parler avant » pour rester concentré.
Silence, jingle. Et c’était parti pour une heure. Du Coffe rigolard, incisif. Il me lançait des questions brutales. Avocat du Beaujolais alors qu’il venait de m’avouer en coulisse, que les vignerons du Beaujolais faisaient « pisser la vigne ».
J’étais obligé de réagir, de me battre. Et il me regardait en coin, ravi de me voir monter en pression. Poussé à bout, j’ai fini par l’interpeller en réclamant le droit de dire que ce qu’on pense, sans détour. « Même de dire : c’est de le merde, comme le fait souvent Jean-Pierre Coffe ». Il jubilait en me mettant au défi. Et j'ai continué. Face à moi, un avocat traitait Lyon Mag de « torchon » en me jetant des regards méprisants. Et c’est parti d’un coup : « On peut dire aussi avocat de merde ». Alors que Jean-Pierre Coffe prenait des airs offusqués tout en pouffant hors micro.
Un sacré moment qui s’est conclu autour d’une bouteille de Fleury. « Du bon, du bio ». Je l’ai alors interrogé sur le Beaujolais nouveau. Mais il a esquivé : « Philippe, tu prends tout ça trop au sérieux ! » J’étais perplexe.
Avant d’être un militant, Jean-Pierre Coffe était d’abord un formidable comédien. Cette « malbouffe » le révoltait, bien sur. Sincèrement. Mais on avait l’impression que pour lui, c’était un grand « texte » qui lui permettait de mettre en scène ses colères, ses passions. Et de jouer avec celles des autres. Avec un sens inné du théâtre. Il m’avait fait une démonstration en direct. Inoubliable. Salut l’artiste !

 

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