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Elle expose à Lyon ses bronzes et ses résines qui valent aujourd’hui de l’or. Rencontre avec cette passionnée de «chiffons» qui a basculé il y a 20 ans en sculptant des femmes provocantes. Pas du tout dans l’air du temps. Interview.

Josepha Une styliste de la séduction

A priori. Quand on débarque dans cette Art Gallery, place Bellecour, pour une exposition de Josepha, difficile de ne pas être un peu réticent. Surtout quand on a une certaine sensibilité à la sculpture. Trop bling bling, ces femmes colorées et sexy. Certains murmurent «trop vulgaire». Et elle agace, d’autant plus que ça marche. En quelques années, cette styliste est devenue le sculpteur le plus vendu en France ! Malgré des prix à la hauteur, plusieurs dizaines de milliers d’euros pour acquérir ses filles à moitié nues, à genou, jambes écartées ou allongées dans des positions suggestives.
Quand on approche l’artiste, ça se confirme. Un sacré caractère, ça se sent tout de suite. Pas le genre à se lancer dans de grands discours fumeux. Simple, directe, nature. Mais du charme aussi. Alors on l’écoute. Sans complexe, spontanée, elle parle du succès, de l’argent, de la séduction… Et des femmes.

Comment expliquez-vous votre succès ?
Josepha : J’ai un ami artiste qui n’arrête pas de se morfondre dans son atelier parce qu’il ne vend pas. Mais il refuse d’exposer, de se montrer, de parler… Il refuse d’aller vers les autres. Moi je suis une artiste heureuse car je travaille pour rencontrer le regard des autres.
Pour vendre ?
Oui je vends mais je n’ai pas d’état d’âme. Ce n’est pas l’argent qui est important pour moi mais c’est un signe. Le signe d’une reconnaissance. Pour pouvoir continuer à travailler. Ce qui est essentiel pour un artiste, non ?
Mais la plupart des artistes disent au contraire…
Les artistes ont souvent peur du regard des autres. Alors ils préfèrent rester en retrait, tout en rêvant d’avoir du succès, même s’ils ne l’avouent pas. Vous connaissez beaucoup d’artistes qui, au fond, n’ont pas envie d’être reconnus ?
Votre priorité c’est de montrer vos sculptures ?
Non, quand je travaille dans mon atelier, c’est de créer une oeuvre qui exprime ce que j’ai envie d’exprimer. Aujourd’hui mes six enfants sont grands. Pour moi, ce serait un échec s’ils restaient à la maison. Mes enfants, je les ai toujours poussés à partir, à aller vers les autres. Pas à s’enfermer à la maison. Et bien c’est la même chose pour mes sculptures. J’ai envie qu’elles sortent de mon atelier, qu’elles existent par elles mêmes. Ce qui est important pour moi, c’est que mes sculptures aient une vie après moi. Quel est l’intérêt d’une partition si elle n’est pas jouée ? Quel est l’intérêt d’un livre s’il n’est lu par personne ? Un artiste ne travaille pas pour lui-même mais pour les autres. Dire ça aujourd’hui peut choquer certains et pourtant c’est du bon sens.
Comment êtes-vous devenu sculpteur ?
Ma vie a toujours été marquée par deux passions : les chiffons et la sculpture.
J’ai été styliste pendant 15 ans et mon atelier marchait bien. J’avais envie de me consacrer à la sculpture mais avec six enfants, j’avais une responsabilité : faire bouillir la marmite ! Et la sculpture me prenait tellement de temps… Un jour, j’ai décidé de franchir le pas. J’ai pris un risque, j’ai travaillé puis je suis aller voir une galerie qui a accepté de m’exposer. Et ça a marché rapidement, deux ans seulement.
Ce qui vous a permis de vous imposer ?
Tout sauf un hasard ! Je me suis investie à 100%. Il a fallu que je me batte. Un artiste, le problème, c’est que parfois, il a des difficultés à sortir de son atelier. Alors qu’on a des moyens formidables de communiquer avec les autres. De se faire connaitre. Notamment avec le web qui est un outil formidable. Mais il faut en permanence se donner des coups de pied au derrière.
Quelle image voulez-vous donner de la femme ?
Je travaille sans modèle en laissant libre cours à mon imagination. Courbe, volume, couleur… Je ne cherche pas la normalité. Mais à montrer les femmes comme je les vois : libres et naturelles.
Mais vous représentez avant tout des femmes séduisantes…
Pour nous les femmes, la séduction a beaucoup d’importance, ce qui se traduit dans notre comportement. Au printemps, pourquoi une nana enfile une jolie robe courte et légère pour aller se balader dans la rue ? Elles se fait belle et ce n’est pas pour rien. Toutes les femmes rêvent de séduire en imaginant qu’elle vont tomber sur un prince charmant. Mais parfois elle tombe sur un connard ! Il faut alors du discernement. C’est qu’il manque souvent aujourd’hui. Or c’est essentiel.
Les femmes que vous sculptez ont ce discernement ?
Toutes mes femmes sont nues. Mais jamais indécentes. Elles sont plutôt sensuelles et sans complexe. Il y a des gens qui n’aiment pas ce que je fais. Mais pas je n’ai jamais senti que je choquais, ni que j’inspirai des regards malsains.
Mais vous êtes une artiste de la séduction !
On peut dire ça comme ça. Mais la séduction dans tous ses nuances et ses subtilités. La séduction se réduit à de la provocation. De plus, il ne faut pas féminiser la séduction. Deux hommes qui discutent peuvent aussi chercher à se séduire.
Votre définition de la vulgarité ?
Je ne sais pas. Moi je ne me sens pas vulgaire, ni dans ce que je suis, ni dans ce que je fais. Mais c’est très subjectif la vulgarité. C’est toujours l’autre, celui qu’on ne comprend pas, qu’on ne sent pas, qu’on n’aime pas…
Le regard des hommes sur vos sculptures est toujours innocent ?
Le regard des hommes est différent du regard des femmes. Je saurais reconnaitre le regard d’un artiste homme et le regard d’une artiste femme sur les femmes.
Quelle est la différence entre ces deux regards ?
Dans le regard des hommes sur les femmes, il y a du désir. C’est un regard sexué. Alors que les femmes sont plus douces, dans la séduction, plus enjôleuses, plus enfantines. Plus maternelles aussi.
Comment jugez-vous le débat actuel sur le harcèlement ?
De pas assez, on est passé à trop. D’autant que les médias font monter la polémique. Aujourd’hui, on est en train de nous faire croire que siffler une fille dans la rue, c’est du harcèlement ! Mais je trouve que cette croisade permanente contre les hommes est stupide.
En tant que femme, comment réagissez-vous face à un homme qui siffle une femme dans la rue ?
Une nana doit être capable de dire non. De dire à un con que c’est un con. Mais ce n’est pas nécessaire de faire des lois qui de toute façon ne résoudront rien car les lois, on peut aussi ne pas les respecter !
Vous ne vous êtes jamais senti agressée par un homme ?
Non car j’ai toujours su dire stop et réagir au bon moment. Mais j’ai su aussi gérer la séduction.
Mais ce n’est pas toujours facile de réagir…
Les hommes ont besoin de dominer. Les femmes de séduire, on le sait tous. Mais nous les femmes, on doit être capable de dire clairement ce qu’on accepte pu pas.
Au fond, c’est d’abord un problème d’éducation. Et qui joue un rôle clef dans l’éducation des enfants, garçons ou filles ? Les mères ! D’ailleurs les mêmes qui voient du harcèlement partout donnent parfois à leurs enfants une éducation qui ne les incite pas à respecter les autres en se conduisant avec discernement.

 

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