0
mytoc.fr Facilitateur de culture
Raphaelle Ricol (détail) mytoc illusrtration culture
Lyon Rhône Alpes
a la une
Spectacles ZAP Découvrir
Acheter
revue mytoc
La revue
de mytoc.fr
Lire notre revue

Budget en baisse, festivals annulés, absence de concertation… A Grenoble, la municipalité écologiste s’est mise à dos les acteurs de la culture qui sont au bord de la révolte.

La culture au bord de l’explosion à Grenoble

« Rares sont ceux qui osent parler, mais à Grenoble tous les acteurs de la culture sont consternés, scandalisés », affirme le responsable d’une structure culturelle. « Mais on a tous peur d’être la prochaine victime ».
Tout a commencé un an après les élections municipales. Quand le nouveau maire Vert Eric Piolle et son équipe ont décidé de « tout mettre à plat » dans la politique culturelle. Et effectivement, ça va être spectaculaire. En décembre 2015, alors que la saison est déjà lancée, l’adjointe « aux cultures », Corinne Bernard, coupe brutalement toute aide financière aux Musiciens du Louvre, une formation de musique baroque fondée en 1982 par Marc Minkovski. Un ensemble jugé trop élitiste par les élus. 438 000 euros de subvention passent à la trappe sans préavis. La décision provoque la stupeur à Grenoble. « Absurde», s’indigne Marc Minkovski qui dénonce « l’amateurisme » de la mairie et des méthodes qui relève du « psychiatrique ».
Mais les Musiciens du Louvre ne sont pas les seules victimes. Le Tricyle, un collectif qui gérait depuis cinq ans le Théâtre 145 et le Théâtre de Poche est également visé. Corinne Bernard annonce qu’elle met fin à l’activité de ce groupe qui réunit huit artistes jugés également « trop élitistes ». Les deux salles seront en régie directe à partir de septembre prochain, c’est-à-dire gérée par la municipalité. « Une décision unilatérale et sans concertation préalable », proteste le collectif. « Cette décision ne s’imposait pas, ni sur le plan artistique, ni sur le plan  économique », souligne un journaliste de la région qui s’interroge : « Plus les élus parlent de culture, moins on comprend ce qu’ils racontent ni quel est leur objectif ». Pour lui, un mot résume le problème : « Incompétence ». Certains observateurs vont plus loin en dénonçant « un réflexe idéologique » et même « un autoritarisme » typique de certains courants extrémistes Verts. 
D’ailleurs, la municipalité a baissé de 775 000 euros ses subventions à la culture en 2015 sur un budget de 34 millions d’euros. Un budget culturel qui a été toujours été 
élevé à Grenoble, sous la droite comme sous la gauche. 20% du budget total de la ville. Il faut dire que la culture a été un symbole fort dans cette ville où André Malraux, le mythique ministre de la Culture du général De Gaulle a inauguré en 1968 la première Maison de la Culture. 
Une certitude, aujourd’hui le vent a tourné. D’ailleurs, la rumeur circule sans être démentie qu’une nouvelle baisse du budget de la culture est d’ores et déjà programmée pour 2016. De quoi inquiéter ceux qui ont soutenu Eric Piolle aux dernières municipales. « Avant son élection, il avait promis qu’il poursuivrait la politique d’innovation culturelle initiée par ses prédécesseurs », se souvient un directeur de théâtre. Aujourd’hui, le discours a bien changé. Le nouveau maire proclame sans état d’âme : « Pas de sanctuarisation de la culture ». Quelques structures sont épargnées comme la MC2 qui conserve ses 3,4 millions d’euros de subventions. Et le Musée de Grenoble qui a touché 270 000 euros supplémentaires de la mairie pour l’acquisition d’une toile de Giorgio Morandi. Une décision en contradiction avec la volonté du maire de « multiplier les oasis plutôt que d’arroser celles qui sont déjà bien vertes ». C’est-à-dire les institutions culturelles les plus importantes. « Personne ne comprend la politique culturelle de la mairie de Grenoble. D’ailleurs, on se demande s’il y en a une », persifle une journaliste grenobloise. Avant d’ajouter : « L’animation socio-culturelle est en train de prendre le pas sur la création artistique » en citant « la Fête des Tuiles » que vient de lancer la municipalité pour célébrer le bicentenaire de la Révolution. « On pourrait en profiter pour organiser un happening pour défendre la culture », ironise un  jeune comédien qui lui aussi dénonce « l’inexpérience » de l’équipe municipale et notamment de Corinne Bernard. « Je n’ai rien contre les chefs de gare mais je ne suis pas sûr que cela prépare à devenir adjointe à la culture ».  Allusion au parcours ferroviaire de cette élue « pleine de bons sentiments mais complètement dépassée ». Même consternation chez un danseur qui critique sévèrement les « Chantiers de la culture » lancés par la mairie pour « inviter les Grenoblois a définir la politique culturelle de leur ville ». Des réunions qui ont tourné au « fiasco ». En septembre, Corinne Bernard a même pris la parole pour se plaindre de l’agressivité de certains « cultureux ». Ce qui a provoqué un sacré tollé. 
Aujourd’hui à Grenoble, la crise est profonde. Le directeur des affaires cultuels de la ville a même claqué la porte. Et les artistes commencent à se rebeller, ils se réunissent pour préparer « une riposte », lancent des pétitions…  « Il suffit d’une étincelle pour que ça explose. »

Photo : André Malraux en 1968, l'année où il a inauguré La Maison de la Culture de Grenoble

Signez la pétition "Doublez le budget de la Culture monsieur le Président" sur change.org

 

Vos commentaires