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Impossible de danser le Flamenco d’un air innocent après avoir plongé dans cet incroyable charivari imaginé par Israel Galvàn et présenté fin juillet dans le saint des saints du Festival d’Avignon. Une fête joyeuse et grinçante.

«La Fiesta» Le flamenco en dérision et en finesse

Ni dieu, ni maitre. Ne rien savoir pour se laisser entrainer par la magie d’Israël. On comprend pourquoi le Festival d’Avignon a sifflé, hué même, la Fiesta en ouverture ! Fabuleuse démonstration d’un esprit libre. Oser moquer le Flamenco, c’était la provocation à ne pas commettre aux yeux des puristes. Une provocation qui, pourtant, vient de loin. Celui qui a été consacré cette année par une cour d’honneur du Palais des Papes est un
enfant des «tablaos», cabarets andalous où ses parents danseurs et musiciens, le trainaient, enfant. Il tout vu, tout entendu. Tout senti et rien oublié. Marqué à jamais par cette furie de sensualité et de violence. Mais lui a assumé tout simplement. Un regard pur et sensible qui lui a permis d’inventer ce show extraordinaire.
22h, la nuit est tombée. Silence. Première séquence. Deux fantômes surgissent, en tuniques noires et rouges. On attendait une belle fille, en robe et cheveux déliés. Torride évidemment. Et non, c’est une vieille gitane, courte, tout en rondeur. Et un barbu limite obèse.
Pas de mélodie. Un rythme. Mains et pieds qui claquent. «Palmas» et « zapateados» imposent leur névrose. Deux danseurs robots en survêtements verts et bleus les escortent. Magique. Un décor tout aussi surprenant dans cet immense espace sacré. Des rangées de chaises à droite et à gauche, quelques tables au milieu et une estrade. Au pied de ce grand mur mythique.
Tout à coup, une ombre surgit du public, dévale les gradins. Tout en noire, sifflet jaune à la bouche. Le maitre se glisse sur scène. Entamant un flamenco à genou puis allongé, tout en claquant des talons. Quelques instants d’hésitation et on bascule. La tzigane s’avance, à pas mesuré. Son complice chanteur s’éclipse. Musique douce. Une danseuse s’en mêle, sur une chaise à roulettes. Des pantalons tombent jusqu’aux chevilles. Macho bafoué ! Et c’est un concert de cris, de rires, de miaulements et de soupirs. On tape du pied, entraîné par ce formidable «tablaos» porté par trois musiciens assis sur le sol, avec leurs instruments étranges, violon, clavier et «guitara» bien sûr.
Noir et soudain lumière rouge. Un solo de claquettes, «bailaor». Israel toujours. Tunique noire et legging en lambeau. Une force qui entraine cette petite troupe. Ils bondissent sur des tables en suspension. Numéro acrobatique sur un rythme insensé, ponctué de grognements. En fond de scène, des silhouettes tapent dans leurs mains, sur leurs cuisses, leur poitrine… Corps en transe. On renverse les tables dans une nuée de pop corn. Ivresse et frissons.
Une beauté apparait. Robe rouge. Longue et sensuelle. L’icône flamencas ! Murmures ponctués par quelques cris. Elle se glisse sous la scène, convulsions sensuelles. Aussitôt éclipsée. Un flash au coeur de cette insolite Fiesta qui poursuit sa course folle. Deux têtes rondes. Saladiers lunaires pour un ballet insolite.
«Oulala !», hurle un cerbère dans le public. Le début d’une bronca ? Non, la cour d’honneur est sous le charme. Des cordes frémissent, un alléluia céleste. Puis, bref face-à -face sonore entre le «mùsico» barbu et Israël. Alors que les deux robots danseurs crucifient l’icône. On a alors droit à un formidable solo. Le maitre qui se lâche sur une table d’harmonie. De longues minutes extrêmes. Diaboliques. Tout le Flamenco renversé. Claqué, glissé, envolé. Gestes larges, jambes tendues, poignets cassés. Mains dans les étoiles.
Moment de grâce. C’est aussi ça Avignon ! Et un public assommé mais debout pour applaudir. Hurlant pour libérer toute l’énergie qui s’est déployée sous ses yeux. Du grand théâtre dansé sans un mot intelligible. Mais toute en finesse et en intelligence. «Pour pouvoir danser, il faut que je me tue un peu moi-même…», avoue Israel Galvàn. Belle mort, superbe même !

«La Fiesta», d’Israel Galvàn avec Israel Galvàn Eloisa Cantòn, Emilio Caracafé, El Junco, Ramòn Martinez, Niño de Elche, Alexandro Rojas-Marcos, Alia Sellami, Uchi et le Byzantine Ensemble Polytropon. Lumière : Carlos Marqueriez, scénographie : Pablo Pujol, direction musicale : Israel Galvàn et Niño de Elche. Durée : 90 minutes. En tournée cette année et l’année prochaine en France.

 

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