0
Lyon/Rhône-Alpes-Auvergne
06 89 86 76 06
a la une
Découvrir
Acheter
revue mytoc
La revue
de mytoc.fr
Lire notre revue

Le danseur lyonnais va présenter la nouvelle version de son solo, «Entre Deux», au Festival d’Avignon. mytoc.fr a assisté à une de ses répétitions à la Maison de la Danse.

La rage poétique d’Abdou N’Gom

«Je ne vais pas pouvoir me cacher…» Voix douce, presque timide. Le danseur et chorégraphe Abdou N’gom s’avance, quelques pas devant une quinzaine de privilégiés invités à venir assister à une de ses dernières répétitions. Depuis trois semaines, l’artiste travaille dans les studios de la Maison de la Dans son «Entre Deux», un spectacle qu’il a créé il y a sept ans et qu’il présente cet été à Avignon.
Grand black au crâne rasé. Pantalon et haut noirs, pieds nus. Très concentré, il branche sa bande son. Pas de lumière pour cette répétition. Juste un artiste à nu.
Premières secondes. Allongé sur le sol, seuls ses doigts bougent. Des doigts longs et fins qui dansent. Il avance lentement, comme un animal traqué. Puis se lève d’un bond. Regard tendu vers le public. Profond. Il retire son pull. Une véritable bataille. Encore ses doigts qui apparaissent et disparaissent. Il entoure ses bras autour de son corps et se couvre de peinture blanche. Clin d’oeil aux pommades utilisées par les noirs pour blanchir leur peau. Toxiques évidemment. On n’entend plus que le bruit de ses pas qui résonnent sur le sol, puis son souffle, saccadé. Plus de 40 degrés dans la salle. Mais Abdou N’gom se donne à fond. Il se frappe la tête, le torse… Une rage incroyable. Puis observe longuement ses mains qui changent de couleur.
Séquence suivante. Assis sur une chaise en bois, face à une petite table, il se recouvre le visage de bandelette de papier. Jusqu’à disparaitre complètement. Il avance dans l’obscurité, perd pied. Son masque de plâtre s’est figé. Il tâtonne. Puis c’est la confrontation entre lui, le noir, et son double blanc.
40 minutes intenses. Abdou N’gom termine exténué. Du plâtre dans la bouche et les yeux. Les spectateurs sont encore sous le coup de l’émotion. D’une voix fatiguée, presque inaudible, il conclut : «Maintenant, je me sens capable de jouer ce spectacle sans artifice».
On le retrouve quelques minutes plus tard. Il est redevenu ce garçon timide. Mais se livre : «J’ai créé ce solo car, à un moment, je me suis senti tellement mal dans ma peau que j’ai voulu en changer». Né au Sénégal, Abdou débarque en France à l’âge de 2 ans. Intégration difficile. A l’école, on se moque de lui, on le rejette. Le jeune artiste prend alors conscience qu’il ne pourra extérioriser son mal-être que par la danse. Hip-hop pour commencer. Il monte la compagnie Stylistik. «Les mouvements du corps permettent de faire passer des messages forts, de casser des barrières. C’est un langage universel». En 2010, il imagine «Entre Deux». Sept ans plus tard, il reprend ce spectacle. «La nouvelle version est plus violente, à l’image de la société». Mais toujours cette question qui l’obsède : «Pourquoi a-t-on tellement peur de ce qui ne nous ressemble pas ?».
Abdou N’gom va présenter ce spectacle à Avignon du 7 au 29 juillet dans le cadre du Focus Afrique. Un mois au Théâtre Golovine. Une belle visibilité. Mais il ne compte pas s’arrêter là : «J’aimerai pouvoir jouer dans le monde entier pour essayer de faire réfléchir les gens. Faire en sorte qu’ils regardent au-delà des apparences».

Photo : Pierre Verrier

 

Vos commentaires