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Dans son dernier livre paru en 2016, Jean d’Ormesson avouait ses origines lyonnaises. Par son grand-père que visiblement il n’aimait pas. Mais on ne saura jamais pourquoi. A l’image de cette étrange autobiographie. A relire, quelques jours après la mort de son auteur.

Le secret (lyonnais) de Jean d’Ormesson

Page 89. L’académicien vient de parler longuement de son château familial de Saint Fargeau en Bourgogne qui s’est transmis dans sa famille de génération en génération par les femmes jusqu’à sa grand mère maternelle, Valentine «catholique, très pieuse et plutôt effacée». Il poursuit alors : «Valentine qui avait du être belle dans sa jeunesse, appartenait à la vieille famille bretonne des Boisgelin où étaient apparus successivement, entre autres, des maréchaux et un cardinal». Puis il précise qu’elle avait épousé «Jacques Anisson du Perron, descendant d’une lignée lyonnaise de libraires et d’imprimeurs qui avait donné, sans interruption, entre la fin du XVIIème siècle et le milieu du XIXème, des directeurs à l’Imprimerie royale puis à l’Imprimerie nationale. Sa fortune ne devait pas être négligeable puisqu’elle lui avait permis de reprendre le château de Saint Fargeau. Il était petit, râblé, capitaine de cavalerie et franchement réactionnaire. Elevé chez les jésuites, il lisait et parlait le latin assez bien et il s’étonnait de ne pouvoir le faire avec moi qui, ayant étudié la langue de Virgile et de Ciceron pendant une bonne douzaine d’années, était incapable de soutenir une conversation latin. Il était en garnison à Abbeville où était née, un 15 août, ma mère qui s’appelait Marie».
Une quinzaine de lignes à peine. Tout au long de cette auto-biographie qui compte près de 500 pages, Jean d’Ormesson ne parlera plus de ce grand-père lyonnais que, visiblement, il ne porte pas dans son coeur. Si ce n’est pour préciser qu’il était «monarchiste» et qu’à la fin de sa vie, il avait du affronter «des problèmes financiers de plus en plus aigus». Puis en page 199, il l’enterre sans cérémonie : «Mon grand-père finit par mourir». Avec ce commentaire sec : «Un mot nouveau et terrible faisait son apparition : l’indivision. Saint Fargeau était partagé entre ma mère et ses trois frères».
Bref, le mystère Jacques Anisson du Perron reste entier. Qu’est-ce qui a bien pu le rendre si détestable aux yeux de son petit-fils ? Qu’il soit latiniste, facho, fauché ou… Lyonnais ? On ne saura jamais.
Un petit secret insolite. Tout à fait à l’image de ce livre assez étrange, construit comme un dialogue entre l’auteur et lui-même. Histoire de s’auto-contredire pour mieux s’auto-célébrer. Un long moi, moi, moi… Du Jean d’Ormesson. Elégant et charmant. Un papillon bleu qui virevolte. Il butine d’une citation à l’autre, d’une anecdote à l’autre… En n’oubliant jamais de mettre en avant ses copinages avec tous les grands de ce monde. Toujours cet irrésistible besoin d’épater la galerie. Lumière, papillon ! Incapable de se poser un instant pour méditer, pour risquer une sincérité, une profondeur.
Depuis près d’un siècle, ce Figaro cabotin jette un regard insolent sur le monde qu’il caresse de sa plume. Un bavard maniéré, un voyou espiègle qui avoue du haut de sa superbe : je suis un privilégié, honte sur moi, mais je m’amuse bien… Et personne n’oserait lui en vouloir. Car il est désarmant, au sens littéral : il sait dégoupiller ceux qu’il horripile. Son vrai talent. Et on glisse jusqu’à la dernière page, pour s’agacer une dernière fois, quand il referme la porte de ce monument un peu grotesque dédié à sa gloire en s’adressant tout simplement à Dieu : «J’ai toujours su que j’étais moins que rien». Avant de lui demander «pardon» ! Un si joli culot.

«Je dirai malgré tout que cette vie fut belle», Jean d’Ormesson, Editions Gallimard, 484 pages, 22,50 euros.

 

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