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Les cinq membres de l'équipe muséographique à l'origine de “Venenum” racontent les coulisses de cette exposition qui a déjà attirée 250 000 visiteurs en huit mois. Passionnant.

Les coulisses «Venenum» racontées par ses créateurs

«Au départ, un simple mot : poison. Nous étions en mars 2015 quand j’ai eu l’idée de monter une exposition autour de ce thème», raconte Carole Millon, chargée du projet, en précisant qu’elle a rédigé au cours de l’été une note d’intention, et qu’en avril 2016 l’équipe scientifique était constituée. Plus de 16 mois de travail !
«Nous voulions une exposition qui soit tout public, avec différents niveaux d’interprétation. Accessible aux familles comme aux spécialistes. Et qui mette en valeur les collections du musée selon des approches pluridisciplinaires. Mais aussi en lien avec des questionnements contemporains», poursuit Carole Millon, petites lunettes rondes et visage souriant. Son objectif : développer un axe de réflexion et gérer les équipes. Elle explique comment s’est concrétisé le projet. «On a fait appel à un comité scientifique, notamment des chercheurs et des pharmaciens. Chacun proposait une thématique et moi je veillais à ce qu’elles se répondent entre elles. Une fois les grands thèmes fixés, on a recruté les équipes en lançant un appel public qui nous a permis de retenir quatre candidatures.»
Marion Lyonnais, la scénographe ajoute : «Notre boulot c’est la théâtralité de l'exposition ! Et je me suis tout de suite passionnée pour ce projet car il mixait deux univers rarement associés : les sciences humaines et les sciences naturelles.»
«Fermez tous les yeux. Voilà à quoi ressemble une exposition sans les lumières !», lance l’éclairagiste, Gérald Karlikow, en précisant : «Je viens de l’univers du théâtre, un musée c’est totalement différent. Il faut faire attention à ne pas tomber dans le spectaculaire. Mais je m’intéresse au regard du spectateur, d’où mon rôle qui est plus celui d’un dramaturge que d’un technicien !». Amandine Vernay la graphiste, a travaillé, elle, sur «l’identité visuelle de l’exposition». Le réalisateur, Jean-François Santoni, a pour sa part pris en charge la vidéo, les images et sons qui accompagnent le parcours du visiteur.  En mettant en place 24 vidéo-projecteurs, une dizaine d’écrans et de tablettes, mais aussi une vingtaine d’enceintes. «Une exposition c’est avant tout un travail d’équipe, chacun dans son domaine mais tous ensemble !», insiste Carole Millon 
Intervention passionnante, aussi, de la scénographe qui explique son travail, photos à l’appui. «Je sculpte la salle, je divise l’espace et je trace le chemin de visite à travers les différents thèmes, tout en veillant à ce qu’ils restent en conversation. J’utilise une maquette car je préfère travailler directement sur la matière.» Sa priorité : «Sortir de la vitrine.» Elle en rit : «Un sacré challenge, dans un musée !». Démarche assez innovante, très théâtrale aussi. «Une vraie prise de risque !»
Une fois sélectionnée, l’équipe s’est engagée dans la phase de réalisation. «Il faut alors répartir l’ensemble des collections que l’on veut montrer dans l’espace d’exposition. Mais aussi veiller à ce que chaque objet soit présenté sous le bon angle». La graphiste, la scénographe et l’éclairagiste doivent impérativement travailler en bonne intelligence «pour résoudre l’équation». Sélectionner les images exposées, les emplacements et leur éclairage, les textes ou les supports audiovisuels qui les accompagnent… «Les objets empoisonnés sont disposés en forme de flèche pour exprimer l’idée d’un danger. L’architecture globale  doit soutenir le sens même de l’exposition.» Une réflexion qui va «jusque dans le choix des couleurs», souligne la graphiste, «compliqué car le poison n’a pas de couleur !».
«Nous avons aussi beaucoup hésité sur le titre de l’exposition qui, au départ, devait simplement s’appeler “Poison”. Mais on a préféré le mot latin “Venenum” car il était plus large et moins connoté», explique la chef de projet. Bref, «le montage d’une expo c’est un vrai travail de dentelle !», résume la scénographe.
Au terme de cette conférence beaucoup de questions, sans tabou. Le budget de Venenum ? 785 000 euros dont 445 000 euros pour la conception. Rentable ? C’est le trésorier du musée qui répond : «Nous ne sommes pas un parc d’attraction. Bien que nous soyons un des musée les plus rentables de France. Notre rentabilité est d’abord culturelle, sociale ! Et là c’est un succès». Avec déjà 250 000 visiteurs en huit mois.

«Venenum, un monde empoisonné», jusqu'au 13 avril 2018 au Musée des Confluences.

Agathe Archambault

 

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