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Le Festival Sens Interdits a ouvert sa 5e édition avec «Martyr» d’Oskaras Korsunovas, figure du théâtre lituanien. Deux heures pour tenter de comprendre la trajectoire d’un adolescent paumé qui tombe dans le fanatisme religieux.

«Martyr » La radicalisation d’un ado paumé

Au centre, une salle de gymnastique avec des agrès, un cheval d’arçon, des tapis de sol. On sent que ça va être sportif ! Et à droite, une cuisine avec une étagère, quelques chaises, une table et un canapé rouge. En fond de scène, un écran où clignote un icône. Le Christ. Et un au autre où défilent des images pieuses. Double décor pour une ambiance sobre, brute, ordinaire.
Benjamin, grand brun est un élève moyen. Il vit seul avec sa mère, divorcée et inquiète, qui couve cet adolescent fragile et renfermé. Un jour, son fils refuse de participer aux cours de natation. «Ta prof a appelé. Tu as quelque chose à me dire ?» Silence. Elle cherche à comprendre. «Tu te drogues, Benjamin ?» En vain. Jusqu’à ce son fils lâche : «Motif religieux». Puis il s’explique : «Le seigneur ordonne que les femmes aient une tenue décente. C’est pourquoi je déclare la guerre à cette proximité des corps». Son entourage est choqué. Mais on relativise : «La puberté est une maladie mentale passagère». Pourtant, il s’enfonce dans la radicalité, passe ses journées à lire la Bible, refuse de parler aux filles, ne s’exprime plus qu’en citant les évangiles… Et se coupe progressivement de ses proches, notamment des jeunes de son âge.
Sa haine, il va la focaliser sur sa prof de biologie, Madame Roth. Jolie jeune femme brune moulée dans un tailleur gris et un chemisier en soie. Lèvres rouges vives, sexy. Elle apprend à ses élèves la théorie de l’évolution, le big bang, la reproduction… Inconcevable pour Benjamin : «Nous devons lui fermer la bouche».
Il multiplie alors les provocations, se déguisant en singe, citant les Evangiles pour dénoncer l’homosexualité… Et il va même se déshabiller et monter sur une table, face à son adversaire qui donne un cours d’éducation sexuelle.
Affrontement violent entre le maitre et l’élève. Athée, elle se met à lire la Bible «pour tenter de le comprendre». Mais ça dégénère. «Tout s’explique car elle est juive», lui lance le jeune fanatisé. «Le monothéisme c’est la dictature. Et si Dieu existe, alors il faut le combattre», hurle-t-elle, en s’approchant de lui. «Elle m’a touché !»
La mère de Benjamin, ses profs et camarades de classe assistent à sa dérive, impuissants. Certains tentent de le récupérer. «L’église a besoin de gens comme toi», lui glisse un curé chargé d’enseigner la religion dans son école. Mais Benjamin refuse de devenir un fidèle de son Eglise. Il préfère le rôle de martyr. Entrainant dans sa croisade un de ses camarades handicapés qui décide de devenir son «disciple».
Le corps ennemi de la religion. La vie qui menace les interdits. C’est le coeur de cette intrigue au coeur de l’actualité, portée par huit comédiens très engagés. Notamment le duo irréductible. Un jeu très déclamatoire, grands gestes et voix fortes. Un petit air suranné, vent d’Est. Mais une mise en scène qui apporte un rythme plus contemporain. Avec des transitions très dynamiques, une musique qui tabasse et stroboscope aveuglant. Un théâtre très politique. Parfait pour ouvrir cette édition 2017 de Sens Interdits.

"Martyr" de Oskaras Koršunovas. Avec Remigijus Bučius, Kęstutis Cicėnas, Algirdas Dainavičius, Jolanta Dapkūnaitė, Laurynas Jurgelis, Inga Šepetkaitė, Džiugas Siaurusaitis et Beata Tiškevič. Du 19 au 21 octobre au Théâtre des Célestins dans le cadre du Festival Sens Interdits. Spectacle en lituanien surtitré en français. Durée : 2h.

Philippe Brunet-Lecomte et Nadège Michaudet

 

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