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Une heure de tête-à-tête entre Jean Rochefort et celle qui a fondé la plateforme culturelle mytoc.fr. Nadège Michaudet. Moment délicieux.

« On les aura ! »

«C’est Nadège !»
Rue de l’université à Paris, jeudi 10 mars. Nadège est venue plusieurs fois rendre visite à Jean. Mais elle a oublié le code pour franchir cette belle porte vert sapin. Au téléphone, elle interpelle le comédien d’une voix joyeuse. Il répond, doux et grave. «Bonjour, venez !». Elle traverse une belle cour pavée de pierres grises. Puis descend quelques marches. C’est là. Il ouvre la porte d’un grand geste chaleureux. «Bonjour Jean !»
Ils s’embrassent. Etonnante complicité entre ce vénérable comédien, tout en majesté et cette jeune journaliste ébouriffée. Un bon demi-siècle les sépare. Mais ils semblent si proches. Très natures, l’un et l’autre.
14h. Il est en train de déjeuner, seul dans sa cuisine. Des asperges et du poisson.
Pantalon en velours vert, chemise en jean, bretelle rouge. Pieds nus dans des espadrilles blanches. Belle chevelure grise coiffée en arrière. Regard bleu, sourire espiègle. De belles mains longues et fines. Un personnage.

«Comme promis, je vous ai apporté un dessin…» D’une chemise en carton, elle sort un grand portrait coloré de Jean Rochefort réalisé par l’illustrateur fétiche de mytoc.fr, Emmanuel Prost. «Superbe !» Puis le comédien s’exclame : «Ça me redonne confiance en moi». Dans la cuisine, il installe Nadège à sa gauche. Et lui propose un thé sud-africain offert par sa fille, «sans théine», précise-t-il. Elle connait. Ce qui le surprend. La discussion s’engage. On dirait de vieux amis. Il la regarde d’un oeil attentif, tout en mangeant lentement, avec élégance. Elle le relance, vive et souriante. Ces deux-là sont fait pour s’entendre. Il raconte des anecdotes, tournages, coulisses de théâtre, plateaux télévisé… «C’est entre nous ?». Elle le rassure : «De toute façon personne ne me croirait !». Il éclate de rire.
Puis il s’engage sur le terrain politique. Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy… Il les a tous rencontrés. Des «voyous», parfois sympathiques, parfois inspirés. Parfois un peu minables. Plus léger, il évoque un président qui a essayé de lui «piquer sa femme». «Elle n’a jamais avoué», dit-il dans un grand sourire «mais ce n’est pas une raison pour lui pardonner».
Plus sérieux, il évoque cette gauche culturelle qui l’agace. Pas au niveau de ses discours. Copinages, mépris du populaire, désinvolte avec l’argent public. La droite, pas mieux. Inculte et vulgaire. Mais il reste indulgent avec cette tribu. «Un métier compliqué, de plus en plus compliqué». Et il y croit encore. «Le chauve va gagner», annonce-t-il en faisant semblant d’avoir perdu la mémoire avant d’ajouter : «Vous savez, le gars de Bordeaux».

La semaine prochaine, il va enregistrer trois nouvelles séquences de sa série «Les Boloss des Belles Lettres» désormais produite par «vous savez ce joli garçon de télévision…» Laurent Delahousse. Et réalisé par «deux jeunes formidables».
Un exercice qu’il adore, les mots, la provocation. Et l’absurde. «L’absurde confine au génie». «Il parait que ça marche sur le net. Mais le net, je n’y vais jamais, je n’y comprend rien… Enfin, ça doit amuser les gens. Dans la rue, on m’aborde souvent avec un grand sourire en me lançant : garde la pêche !».
L’absurde, toujours. Il évoque deux pièces qu’il a mis en scène, il y a 20 ans déjà, peut-être 30. «Un bide mais c’était génial». «Peut-être que ça marcherait aujourd’hui», précise-t-il. En enchainant sur «le bon moment» qui souvent fait le succès.

«mytoc, mytoc…» Un mot qu’il répète en s’amusant. «C’est super ce que vous faites, il faut réussir c’est important». Il évoque les imbéciles et les salopards qui se mettent toujours en travers du chemin d’un beau projet… Un soupir, un sourire. Il insiste : «La culture pour tous, il faut réussir». Il accepte que sa «trombine» figure sur la prochaine affiche de mytoc.fr «Si ça peut encore servir !»
Nadège l’invite à venir inaugurer au printemps la péniche mytoc.fr amarrée au centre de Lyon. Ça l’amuse. Il promet : «Si je suis en forme».
Puis il évoque «Le Crabe-Tambour». «Mon plus beau film», dit-il en rappelant que son frère était amiral. Puis il raconte le tournage. Mais Jean Rocherfort est d’abord un homme de théâtre «Avant, le cinéma on s’en foutait, on ne lisait pas les scénarios. La seule question qu’on posait c’était « A quelle heure on commence ?» . Il éclate d’un rire léger. Ponctué d’un geste aérien. Toujours cette simplicité, cette élégance. Magique !

Une heure et demi déjà. Un éclair. Il avale une compote de crise arrosée d’un café. «C'est bon le café, je découvre aujourd’hui seulement». Nadège annonce que son TGV l’attend. Il hoche la tête, bienveillant. Mais l’oeil vif, pétillant. Libre et charmeur. Il se lève. Et s’incline à nouveau devant son portrait. «Pas mal, non ?»
Un grand geste et il embrasse Nadège. Affectueux. Avant de la raccompagner à la porte. Elle remonte les quelques marches qui débouchent sur la grande cour pavée. Puis se retourne, souriante. Petit geste d’adieu. Il lui lance dans un grand sourire : «On les aura !»

 

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