0
Lyon/Rhône-Alpes-Auvergne
06 89 86 76 06
a la une
Découvrir
Acheter
revue mytoc
La revue
de mytoc.fr
Lire notre revue

Tribune. Jacques Chambon, le célèbre Merlin de Kaamelott, est le parrain de l’édition 2017 du Festival d’humour de Gerson. Une première pour ce passionné de comédie !

«Se remettre en cause tout le temps»

«Gerson et moi c’est une longue histoire qui dure depuis 30 ans. C’est donc tout naturellement que j’ai accepté d’être le parrain de l’édition 2017 de leur festival d’humour. Une première pour moi ! C’est drôle car j’ai l’impression d’être un ancien dans le circuit et en même temps je suis novice dans le seul en scène. Mon côté vieux sage peut être une caution. Et mon côté débutant me permet de comprendre ce que vivent ces jeunes artistes.
J’ai joué à Gerson dès son ouverture en 1987 dans une comédie de Jean-Louis Rapini : «Plutôt qu’rêver», un détournement de contes pour enfants. A cette époque, je n’étais pas encore professionnel. C’est après ce spectacle que j’ai intégré une compagnie indépendante, Sortie de route, et je me suis mis vraiment au théâtre. Puis je suis revenu au café-théâtre en 2000 avec Alexandre Astier. On a présenté un spectacle complètement déjanté, «Poule fiction». Et j’ai été rattrapé par le virus de la comédie !
Le grand atout du café-théâtre c’est son accessibilité. Un lieu ouvert toute l’année qui permet de jouer souvent. Ce que j’aime aussi, c’est la proximité avec le public. On sait tout de suite si un sketch passe ou pas. Il y a aussi une réalité économique. Au café-théâtre, les contraintes sont moins nombreuses. On écrit un texte, on réunit quelques comédiens, pas besoin d’un dispositif scénique incroyable… Alors que lorsque je monte un spectacle comme «Les sentinelles», que je présente cette saison à la Comédie Odéon, on est tout de suite dans une autre dimension. J’ai travaillé cinq ans dessus, j’ai du trouver 20 000 euros pour le monter et rémunérer l’équipe…
Mais quand on fait de la comédie, c’est très compliqué d’avoir accès aux grandes salles, de toucher des subventions... Du coup, j’ai mis en place une économie circulaire. J’interviens en entreprise et dans des séminaires. Et je réutilise cet argent pour financer des spectacles. C’est fragile mais ça fonctionne et ça me donne la liberté de créer.
Depuis le début de ma carrière, j’ai présenté tous mes spectacles à Gerson. Cinq dans lesquels j’ai joué et quatre que j’ai écrit. Cette fidélité est très importante pour un artiste.
Avoir accès à des lieux pour se produire, c’est primordial. Mais c’est compliqué à Lyon. Les Subsistances accueillent des projets très expérimentaux, la Croix-Rousse s’est spécialisé dans le théâtre musical… C’est dommage qu’il n’y ai pas plus d’endroits pour présenter des créations.
En tant que parrain, j’aimerai transmettre à ces jeunes talents une curiosité pour les autres disciplines et notamment le théâtre. Je regrette que les frontières soient aussi fortes entre théâtre et café-théâtre. Il y a des clichés encore incroyables qui circulent. Comme si le café-théâtre n’était que de l’humour de bas étage avec des comédiens amateurs. Alors que le théâtre serait plus intelligent, plus professionnels. J’ai envie que ces jeunes sortent de leur chapelle. Et qu’ils essayent aussi de se remettre en cause.
J’ai eu la chance d’avoir quelques parrains au cours de ma carrière. Le premier était Serge Erich, mon prof à l’école dans les années 80 à Paris. Il donnait des cours de théâtre. J’avais failli arrêter car mes parents n’avaient pas les moyens de me payer ça. Il m’a proposé de me donner des cours gratuitement car il était persuadé que j’allais percer dans ce métier. Et je me suis accroché même j’ai souffert du syndrome de l’imposteur, jusqu’à 40 ans !
Au cours de ma carrière, j’ai aussi eu la chance de travailler pendant 15 ans avec Thierry Chantrel et Jean-Luc Bosc de la compagnie Sortie de route. Une compagnie indépendante qui était un vrai laboratoire de création collective.
Il y a également eu Roger Planchon, immense homme de théâtre. Un jour son assistante m’a appelé pour me proposer un petit rôle dans son «S’agite et se pavane» d’Ingrid Bergman. J’ai cru à une blague ! Puis j’ai découvert un metteur en scène qui avait une confiance totale en ses comédiens. Ce qui l’importait, c’était l’alchimie entre les acteurs. Il avait aussi une capacité de travail et de concentration incroyable malgré ses 74 ans. Il était dur, presque tyrannique, mais j’ai adoré travailler avec lui. Ces parrains m’ont tous, à leur façon, appris à me remettre en cause et c’est ce que j’essaie de transmettre aux jeunes artistes.»

 

Vos commentaires