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90 minutes pour suivre une jeune fille qui a décidé d’entrer au couvent. C'est le pari fou d’un cinéaste fasciné par son personnage. Alain Cavalier auquel rend hommage l’Institut Lumière. Toujours d’une brûlante actualité.

«Thérèse» Un vrai miracle !

Silence. C’est peut-être la meilleure «critique» que mérite ce film d’Alain Cavalier. D’autant plus qu’en trente ans, il a été largement analysé et commenté. Méditation silencieuse car on en ressort touché, en profondeur.
L’histoire ? Celle d’une sainte, c’est dire. Une fille, jeune, belle et pure qui décide de quitter le monde. Choisissant le plus austère des ordres religieux, les Carmélites. Et qui en mourra à l’âge de 24 ans. C’était il y a un siècle. Dans une France déchirée entre laïcars et calotins.
Le plus saisissant c’est qu’Alain Cavalier s’est effacé pour filmer. Sans imposer un regard, un discours sur cette Thérèse de Lisieux canonisée par une Eglise qui célèbre la sainteté, non pas à travers des actions spectaculaires mais dans les gestes les plus insignifiants de la vie quotidienne.
Le réalisateur observe cette petite fleur, avec une simplicité désarmante. Un dépouillement extrême d’abord. Pas de décor. Des femmes, quelques hommes. Des objets. Murs gris, blancs ou l’obscurité. Pas de paysages ni de grands angles vertigineux. Mais des plans cadrés, soignés, rapprochés, très rapprochés. Des visages, des yeux, des bouches, des mains…
Tout commence par une sorte de diaporama. La belle avant d’être cloitrée. Elle veut se «marier avec Jésus». Son horloger de père refuse, le curé de sa paroisse aussi, l’évêque… Elle ira jusqu’à supplier le Pape. «Il m’a choisie, il me tend les bras, il me court après… Comment refuser ?», murmure cette «fanatique» au sourire angélique. De quoi forcer les portes du monastère. Elle affiche alors son ambition : «Je veux devenir une sainte». La mère supérieure lui répond d’un mot, «orgueil». Et cet enfant réplique : «Je veux devenir une sainte en cachette». Tout est dit sur… Cavalier. D’ailleurs, quand il sera distingué au Festival de Cannes par un prix du jury, il avouera : «Je préfère un strapontin qu’un trône». Belle humilité de ce cinéaste hors du commun qui s’offrira alors une caméra vidéo pour pouvoir filmer ses émotions et inspirations, seul face à lui-même.
Thérèse va prendre le voile en promettant obéissance, pauvreté et chasteté «jusqu’à la mort». Quelques images résument son engagement : de modestes espadrilles sur le sol, un chapelet en bois et un vieux missel, une robe de bure pliée sur une chaise. Superbe nature morte peinte dans toute sa nudité.
Entre corvées et prières, elle commence à écrire son journal. Le scénario de cette surprenante contemplation.
Une rebelle s’est glissée dans la congrégation, Soeur Lucile provoque la novice : «On en pince pour un homme qui est mort il y a 2 000 ans et dont on est même pas sûr qu’il existe». Réponse paisible, tout en complicité.
Pas de grands orchestrations musicales. Des mots et des silences. Quelques rires parfois, comme le soir de Noël où cette communauté de femmes se réunit en s’échangeant de pitoyables petits cadeaux et de tendres embrassades. Moment un peu délire aussi avec une séance photo, Thérèse en Jeanne d’Arc de papier froissé qui tout à coup s’effondre, un filet de sang aux lèvres. Tuberculose. Le début de la fin.
«Vous êtes dangereuse !», lance à la supérieure un jeune médecin rondouillard appelé au chevet de Thérèse qui, d’une voix douce, lui tient tête : «Nous sommes le sel de la tête». Là encore pas de parti pris d’Alain Cavalier. Comme s’il était illuminé par cette âme brûlante.
«Je souffre», avoue la mourante à sa soeur qui lui murmure «tant mieux». Thérèse approuve, déjà au ciel avec son Jésus, son amour. Dernières séquences. Mais pas de conclusion, pas de morale. Le temps suspendu pour l’éternité.
Le vrai miracle c’est qu’on peut ressortir de ce film à genoux ou poing levé. Exaltant cet élan spirituel ou dénonçant ce tragique enfermement. A chacun de choisir son chemin !

Thérèse d’Alain Cavalier, 1986, avec Catherine Mouchet. Six César en 1987 dont celui du meilleur film 1987, Prix spécial du Jury en 1986 à Cannes. 1h34. Projection de ce film à l’Institut Lumière samedi 2 décembre à 16h30 et jeudi 7 décembre à 19h.
Les autres films d’Alain Cavalier proposé par cette rétrospective jusqu’au 7 janvier 2018 : «Le combat dans l’Ile», «L’Insoumis», «Mis à sac, «Le Plein de super», «Martin et Léa», «Le Répondeur ne prend pas de message», «Un étrange voyage» et «Six portraits XL».

 

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