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La vice-présidente de la Région a présenté vendredi ses grandes orientations pour la culture. Une intervention claire et argumentée. Mais aussi un énorme chantier avec des moyens modestes.

Un livre blanc pour «un nouvel élan» culturel dans la région

Une femme de réseau parachutée par une main influente… Toujours le même refrain sur Florence Verney-Carron suspectée d’incompétence. Pire, considérée comme un as de communication !
Pendant 18 mois, on a attendu qu’elle expose son programme pour cette région où elle a pris la tête du «ministère» de la culture. Notamment ces acteurs de la culture souvent en embuscade. Les rares fois où elle a pris la parole en public, elle a murmuré quelques mots, d’un air timide. Ce qui confirmait ce méchant a-priori.
Et puis vendredi, elle a présenté son livre blanc. Dans la salle, une forte majorité de journalistes femmes. Bon signe confirmant que les femmes ont compris le rôle essentiel de la culture. Mauvais signe aussi, cette absence des hommes, Laurent Wauquiez en tête. Sans doute accaparé par sa prise de pouvoir chez les Républicains. Une occasion manquée pour lui qui passe, malgré ses galons de normalien, pour un ennemi irréductible des «cultureux».
Alors elle s’est débrouillée toute seule. Et elle s’est plutôt débrouillée. Tunique noire, cheveux courts. Le bon look culture ! Une voix douce mais ferme, un propos mesuré et une volonté d’ouverture.
«On pris le temps de réfléchir», insiste d’abord Florence Verney-Carron en parlant non pas d’un programme pour son mandat mais d’une «refondation». Ambition fondée sur un enjeu majeur : la fusion de deux régions, Auvergne et Rhône-Alpes. D’où une grande étude pour «écouter les acteurs de la culture». 134 personnalités ont été interrogées. Un mois d’enquête. Etrangement la métropole lyonnaise a été exclue. Acte manqué ? La faiblesse de ce travail.
Résultat : un livre blanc qui résume pourtant assez bien les «perceptions» et les principales «attentes» de l’univers culturel. Quelques mots clefs recueillis sur le terrain : «plus de lisibilité» dans les priorités, «plus de prise en compte des spécificités» de chaque territoire pour réduire «les inégalités», «plus de collaboration» entre l’Etat et les collectivités locales, «plus de concertation»… Beaucoup de «plus» qui s’appuient sur «un consensus idéologique» sur le rôle de la culture qui renforce «cohésion et dynamisme» dans la société.
Reste à savoir si ces mots suffiront à impulser ce «nouvel élan» réclamé par les acteurs de la culture, encore sous le charme de l’ancien président de la Région Jean-Jack Queyranne, un des rares élus de ce calibre à avoir une vraie sensibilité et une vraie vie culturelle. Malgré son air un peu rigide.
Une certitude cependant, la culture n’est pas une activité marginale. Ce livre blanc le rappelle : 130 000 salariés, 21 000 établissements, 25 millions d’entrées, 4 654 monuments classés, 360 festivals dont 8 dépassent les 100 000 spectateurs, 324 cinémas, 140 musées, 232 compagnies… «Un potentiel exceptionnel», souligne la «ministre» en insistant sur la «sanctuarisation» de son modeste budget, 60 millions d’euros, 3 à 4% seulement du budget général. Risque de saupoudrage ? Elle réplique que «les petites sommes sont essentielles pour certaines petites structures».
Florence Verney-Carron, qui dispose d’une équipe de 60 agents, semble bien maitriser ses dossiers. Interpellée sur le Musée des Tissus, elle répond clairement que c’est la Région qui «pilotera» la relance de cette vénérable institution en impulsant un vrai projet. «Joli coup politique», avouera-t-elle en aparté, qui positionne la droite régionale au coeur de Lyon sur un sujet sensible, le textile et la soierie. Mais une volonté aussi de défendre le patrimoine et la transmission.
D’ailleurs, cette élue affiche clairement ses principes pour une culture «populaire et de qualité» : accessibilité, soutien à la création et à l’émergence, éducation et encouragement à la pratique, équité et transparence dans l’attribution des aides… Avec des points forts comme le cinéma, le numérique, les jeux vidéo, le patrimoine…
Ultime question posée par mytoc.fr au terme cette «performance». Interrogée sur les relations de cette région tenue par une droite dure avec les acteurs de la culture plutôt à gauche, Florence Verney-Careon s’en est bien tirée, là encore. En avouant qu’elle a ressenti «une inquiétude légitime au départ» mais désormais les inquiets sont «rassurés» parce qu’elle a «posé des actes», en affirmant sa «présence sur le terrain» et en posant «des choix clairs»… Aujourd’hui, la vice-présidente ne ressent plus ce «climat» de défiance. Mais au contraire de la «confiance». C’est dit, tranquillement, sans en rajouter. A peine une petite phrase pour évoquer la crise qui secoue l’univers culturel : «Il y a une attente forte car la déstabilisation est très forte, bien au-delà du changement politique» à la tête de la région.

«Ressources et dynamiques culturelles en Auvergne-Rhône-Alpes. Un livre blanc de paroles d’acteurs pour la construction d’un projet culturel régional» par l’Observatoire des Politiques Culturelles pour la Région. Direction de l’étude : Vincent Guillon et Jean-Pierre Saez. 121 pages.

 

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