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Le dernier film de Sofia Coppola. Un huis-clos féminin perturbé par l’arrivée d’un soldat blessé. Très ambitieux. Mais un peu décevant.

Une tension noyée sous l’esthétique

Une grande demeure de style coloniale, colonnes majestueuses, lustres en cristal, parquets cirés… En pleine guerre de Sécession, ce pensionnat de jeunes filles qui vit en huis-clos. Au coeur d’un grand parc à l’abandon. Allée de saules pleureurs baignés dans la brume, lumière féérique. Et sept figures très différentes. Une tête d’abord, Miss Martha qui veille sur ses protégées. Une blonde, élancée, droite, toujours très élégante, autoritaire. Nicole Kidman. Son adjointe, Edwina assure les cours de couture, français, piano… Une blonde aussi, un peu forte mais douce et fragile. Et puis il y a les élèves, rubans, dentelles et cheveux tressés. La plus âgée, Carol, très délurée, séductrice. Un regard inquisiteur. Et derrière elle, un quatuor plus jeunes et plus effacées. A part la cadette, Emy, une petite brune vive et nature qui passe son temps dans la forêt à sauver des oiseaux blessés. Un jour, elle tombe sur un soldat yankee. «Un ventre bleu», la jambe en sang. Sale, une barbe sauvage, exténué… Inquiétant. Elle décide de le ramener au pensionnat. Alors qu’au loin retenti des canonnades. Consternation et curiosité. Martha finit par craquer : «On va attendre qu’il soit guéri avant de le livrer à l’armée sudiste». «Par charité chrétienne».
Tout va se jouer dans une petite chambre obscure où le caporal John Mc Burney est enfermé à clef. Mais soigné. Les jours passent. Il revient peu à peu à la vie, sous l’oeil vigilant des deux femmes qui dirigent cette institution. Mais rapidement la petite troupe succombe au charme de ce jeune homme étrange, entre violence et douceur. Toute l’ambiguïté de l’atmosphère qui va s’imposer dans cette maison isolée et silencieuse.
Autour de lui, une valse de robes, de bijoux et de coiffure. Toutes veulent être la plus belle. Un jeu de séduction. Des regards qui se croisent avec une scène très forte autour du piano. Une guerre subtile, guerre de femmes.
Puis une nuit, tout bascule. Le caporal a donné rendez-vous à Edwina mais rejoint le lit de la délurée. Face-à-face violent. Il est précipité dans l’escalier. Sa blessure profondément entaillée. Miss Martha surgit. Intraitable, elle décide de l’amputer.
John hurle, cogne et saisit un pistolet. La romance tourne au cauchemar. Inoffensif, il va à son tour devenir la proie. Avec un final saisissant : les sept rivales réunies sous le porche du pensionnat. Un cadavre mais pas une larme.
Une histoire tirée du roman de Thomas Cullinan qui a été adapté au cinéma par Donald Siegel. Chef d’oeuvre. Un vrai défi pour Sofia Coppola qui a choisi de privilégier l’esthétique. Superbes images. Mais la réalisatrice se laisse piéger par certains artifices : décors, costumes, lumières et longueurs. Son style bien sûr. Mais parfois ça vire au mièvre. Jusqu’à écraser cette belle intrigue qui conjugue brutalité et douceur, naïveté et perversité, violence et séduction.

«Les Proies» de Sofia Coppola, avec Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning, Colin Farrell. 1h33, jusqu’au 12 septembre au Comoedia.

Agathe Archambault

 

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