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Le philosophe Jean-Noël Dumont décrypte les romans de Michel Houellebecq dans un petit livre qu’il vient de présenter au cours d’une conférence au Collège Supérieur. Avec une approche assez étonnante de cet écrivain.

Houellebecq célébré par Dumont

Un petit bouquin de poche présenté en une heure chrono. Jean-Noël Dumont n’aime pas les longs discours. D’ailleurs, il parle sec et bref. En allant droit au but. Rare dans sa corporation. Mais ça ne l’empêche d’être passionné par cet écrivain qu’il considère comme le plus intéressant, le plus grand de la planète littéraire. Et il a travaillé le sujet en lisant et analysant ses six romans écrit en 20 ans, de «L’extension du domaine de la lutte» à «Soumission».
Qui est Jean-Noël Dumont ? Un philosophe a-typique. Prof emblématique des Maristes à Lyon, fondateur du Collège Supérieur, un centre d’étude et de rencontres au départ réservé aux étudiants en philo mais qui s’est ouvert à tous mais également au droit, aux arts… Une structure marquée par la personnalité de ce disciple de Kierkegaard, réputé pour son esprit tranchant, son mépris pour les modes et les conformismes, son goût du paradoxe voire de la provocation… Un profil qui lui a permis de se connecter naturellement avec Houellebecq ! «Une rencontre de hasard», dit-il. Grâce au journaliste Patrick Chêne qui jouait dans le film «Extension» et qui lui a conseillé de lire ce roman. C’est alors la révélation. «Enthousiaste dès les premières lignes» il est impressionné par son style qui s’affranchit «des exigences ordinaires de ceux qui écrivent bien». Le philosophe met en avant le concept de «modélisation floue» qui consiste à insérer une brutalité dans un nuage de nuances. Et il cite un exemple : «Je dois être une sorte de macho approximatif». Autre exemple : «Dimanche matin, je suis sorti un petit peu dans Paris. J’ai acheté un pain au raisin. La journée était douce mais un peu triste, comme souvent à Paris, surtout quand on ne croit pas en Dieu».
Une écriture qui s’apparente à celle de Camus dans «L’étranger»
«Il ne peut pas contempler la tragédie du monde sans en pleurer et en écrire». Une véritable «compassion» malgré son «ironie»
Jean-Noël Dumont reconnait que la sexualité est «omniprésente» chez l’auteur de «la possibilité d’une île». Il précise cependant que ce n’est «pas pornographique, ni érotique mais génitale». Avant d’ajouter : «Il donne de la sexualité l’image d’un biologiste, plat, triste, rejetant chacun sur la plage de la solitude». Au fond, «très puritain» car il a «une image très dévalorisée du sexe». D’ailleurs chez Houellebecq, «les personnages féminins meurent tous ou disparaissent».
Cet écrivain n’est «pas conservateur» mais «anti-moderne» et «post-romantique», insiste le philosophe. Ses influences ? Pascal d’abord car «il ne peut se résigner à la mortalité» en considérant que «s’il y a une trace de Dieu dans le monde c’est le coeur de l’homme et sa complexité».
Il note également une proximité entre lui et André Malraux «essentiellement occupé par la question métaphysique». Mais aussi Auguste Comte promoteur d’une «religion de l’humanité». Huysmans aussi qui est au centre de son roman «Soumission». «Un écrivain romantique, esthète, anti-moderne…» qui va se convertir au terme de sa vie.
«Houlellebecq a de l’admiration pour la religion catholique, mais de la pitié pour les catholiques. Leur sourire et leur air sympa, c’est ce qu’il leur reproche car ils sont complices d’un monde qu’ils devraient vomir. Il leur reproche de manquer d’impertinence».
Jean-Noël Dumont semble convaincu que cet écrivain «pertinent pour notre temps» est engagé dans une démarche personnelle qui l’a conduit «peut-être» à une «conversion intérieure».
A une question sur le message que veut faire passer Houellebecq dans ses romans, il réplique sans hésiter : «On n’écrit pas pour faire passer un message mais pour partager un étonnement. En écrivant il se sauve du désespoir…». Avant de citer un texte : «Le but de la fête est de nous faire oublier que nous sommes solitaires, misérables et promis à la mort…». «Très beau», conclut-il en ajoutant que pour l’auteur de «La possibilité d’une île», la fête porte «la nostalgie de la liturgie».
Et quand on demande à Jean-Noël Dumont d’imaginer ce que Michel Houellebecq pourrait penser de son analyse, il ne s’embarrasse pas de nuance : «Je m’en fous !». Double réponse, bien sûr !

«Houellebecq, La vie absente» de Jean-Noël Dumont aux éditions Manucius. 106 pages. 10 euros. Collège Supérieur, 17 rue Mazagran 69007 Lyon. Tel : 04 72 71 84 23

Illustration : Antoine Neron-Bancel

 

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