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A quelques mètres l’une de l’autre, deux galeries des pentes de la Croix-Rousse consacrent leurs expositions à deux cultures du continent américain. Le Mexique dans toute son intimité au Réverbère. Et un portrait très engagé des Amérindiens du Middle West américain à la galerie Le bleu du ciel. Ça vaut le détour.

L’Amérique dans les Pentes

“Mexique, Aller-retour”. Dix photographes pour dix regards croisés sur un pays, le Mexique, réunis à Croix-Rousse par Le Réverbère. Regard d’un vacancier tout d’abord, Denis Roche, un habitué de la galerie. Un hall d’hôtel vide, le reflet d’un couple enlacé dans un miroir… Des scènes intimes, calme et volupté. Puis les images d’un autre voyageur, Oscar Fernando Gomez. Plusieurs photos couleurs, toutes prises depuis l’intérieur d’une voiture. Des images simples, un bus d’école, un chien errant, un voyageur solitaire, des joueurs de volley sur un terrain vague. Toutes saisies sur le vif, au détour d’une rue. Souvenirs d’un road-trip ? 
Toujours du noir et blanc chez le photographe belge Thomas Chable. Six photos mais une en particulier qui captive : un homme de dos, sur sa tête un chapeau de cow-boy qui rayonne d’un blanc intense sous le soleil. Presque divin ! 
Le canadien Serge Clément lui, a choisit  d’immortaliser le Mexique en choisissant l’angle de la religion. Photographies de la célèbre fête des morts mexicaine et de ses processions colorées. Quelques images de cimetières aussi, pierres tombales et statues extravagantes. Et de l’humour : un calendrier où la Vierge Marie côtoie une pin-up. Un regard différent encore avec Bernard Plossu qui dévoile les formes d’un Mexique sensuel : une jeune femme en robe courte en train de faire sa lessive, des jambes en porte-jarretelles et talons aiguilles allongées sur un canapé, un dos nu en partie caché par un drap, et une brune plantureuse aux yeux charbonneux. Sensualité dans les paysages aussi. Le désert au crépuscule, une plage vide. Et des devantures de bars où clignotent des néons colorés.
Dans la petite pièce située à l’étage de la galerie, quatre autres photographes. Deux Français, Françoise Nunez et Marc Ribaud, le Cubain Jesse Fernandez et le Mexicain Pablo Ortiz Monasterio. Des images simples et sensibles pour immortaliser un Mexique de la vie quotidienne. Dans les détails d’abord, une guitare, un sombrero, une vieille Chevrolet, un kiosque de bandes dessinées, des graffitis sur un mur, un poster kitsch du Christ. Des portraits également. Une mère et sa fille, une vieille dame toute en noir, de la robe à l’ombrelle, avec en fond la grande place Zocalo de Mexico. Et deux scènes magnifiques signées par Marc Ribaud. Une arène de corrida pleine à craquer avec de dos une parieuse triomphante, debout et les bras au ciel, victoire ! Puis deux hommes surpris en pleine sieste sur la plage, l’un étalé sur le sable, l’autre avachi sur un transat, chapeau de paille sur la tête, bien sur. 
Une exposition très juste qui échappe au piège de la carte postale. Et révèle en une centaine de photographies le Mexique dans toute son intimité. 

Pas besoin d’aller bien loin pour poursuivre le voyage. Reprendre la montée Saint Sébastien et tourner à droite, rue des Fantasques. Quelques dizaines de mètres plus loin, Le bleu du Ciel, galerie consacrée à la photographie documentaire. Inaugurée il y a peu, une exposition très ambitieuse qui rassemble huit photographes autour d’un sujet sensible : la situation des Amérindiens du Middle West américain. 
Une vidéo tout d’abord. Manteau, sac à dos et longs cheveux noirs, Robert Packard dit Rob Le Sioux parcourt les Etats-Unis dans une quête assez originale : récupérer les photos de ses arrestations. Pour en faire un album. “J’ai fait de la taule un peu partout. Je pourrais revivre ma vie…” Une conversation très drôle avec un policier : “Qu’est ce que vous fumez avec ce calumet ?”. Une scène dans un pénitencier avec ses prisonniers en uniforme orange. Et un bar style saloon moderne avec une phrase sur la façade : “Have you thanked a veteran today ?”. L’Amérique profonde, ses codes, ses flics et ses bandits filmés avec simplicité, sans jugement. 
Une série de portraits ensuite, saisissants. Par la photographe Marion Gronier. Des visages cadrés serrés sur fond ocre. Peau dorée, cheveux et yeux très sombres. Tatouages, cicatrices, bandanas, pulls noirs. Des indiens de deux tribus différentes : Blackfeet et Navajos. Visages abîmés et regards tristes, très tristes. Une autre photographe, Carlotta Cardana, toujours des portraits mais un registre très différent. Une jeune indienne en costume traditionnel appuyée sur une grosse berline noire, un skateur aux cheveux longs, une “Miss indian nation” assise sur son lit. Des images assez glamour, très esthétisées, pour montrer un peuple qui a adopté le mode de vie américain. Et où les tenues traditionnelles relèvent plus du déguisement.
On change de ton avec les images très engagées de la photographe Stephanie Keith qui a choisit d’immortaliser un combat. Celui des indiens de la réserve Standing Rock dans l’état du Dakota contre l’installation d’un pipeline par une compagnie pétrolière. Photos très violentes de manifestations, presque des scènes de guerre. Et une image de la réserve et de ses caravanes délabrées. Un portrait enfin, celui d’un manifestant, bandana rouge, veste kaki et tatouage en forme de plume sur la joue. Le poing levé vers le ciel.
A l’étage de la galerie, des images plus anciennes, mythiques. Celles de Guy Le Querrec de l’agence Magnum qui avait suivi en 1990 la chevauchée “Big foot” pour commémorer les cent ans du massacre de Wounded Knee par l’armée américaine. Des silhouettes sombres à cheval sur la neige, paysage lunaire. Emotion. 
Enfin une dernière série, toujours très engagée, par la photographe Marie Baronnet. La petite réserve de Black Mesa qui vit sans électricité ni eau courante à quelque kilomètres de la grande centrale à charbon qui fournit de l’électricité aux grandes villes californiennes. Des images très parlantes qui soulignent les inégalités : une vendeuse de bijou photographiée à côté d’un gros camion citerne, les panneaux solaires de la réserve et les cheminées de la centrale, les touristes dans les canyons et les maisons en préfabriqué des habitants. 
Des approches et des messages différents, mais un langage commun : la force de l’image. Dans un regard, un poing levé, une plume fichée sur un bonnet… Bel hommage à cette culture amérindienne qui se bat pour rester debout. 

Photo (détail) : Denis Roche, 28 juillet 1978, Merida Mexique
“Mexique Aller-retour”, exposition collective, jusqu’au 3 mars 2018, entrée libre, Le Réverbère, 38 rue Burdeau Lyon 1er
“The way back”, exposition collective, jusqu’au 24 février 2018, entrée libre, Le bleu du ciel, 12 rue des Fantasques Lyon 1er

 

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