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Finaliste de l’appel d’offres de la salle Rameau, la Compagnie de Phalsbourg est un spécialiste de l’immobilier commercial qui s’investit fortement dans la culture. Dans chacun de ses centres, une oeuvre d’art. Et des partenariats avec des acteurs de la culture. Comme à The Village, inauguré récemment à Villefontaine près de Lyon. Avec une volonté d’accompagner le public vers une vie culturelle. Original pour un promoteur ! Explications de Mathieu Boncour, responsable du mécénat.

«Le beau est un des symboles du bien»

Pourquoi une entreprise spécialisée dans l’immobilier commercial s’intéresse à la culture ?
Mathieu Boncour : Philippe Journo a créée la Compagnie de Phalsbourg il y a 20 ans en réaction au modèle des commerces de périphérie. Des magasins laids, des panneaux publicitaires partout, des embouteillages… Il estimait indigne de contraindre les gens à aller de parking en parking en slalomant au milieu d’une pollution visuelle… Pour lui, ce système entérinait des inégalités : quand on vit au centre-ville on a droit à des commerces chics, élégants, une belle architecture au milieu d’espaces verts… En revanche, en périphérie, on pouvait se permettre de faire des choses moches, voire carrément cheap… Comme si ça ne servait à rien de construire de beaux bâtiments pour des gens qui n’avaient pas d’argent ! La Compagnie de Phalsbourg a donc décidé d’inverser la tendance dans les entrées de villes en se fixant quatre fondamentaux : architecture, environnement, bien-être et digital.
Où est la culture dans tout ça ?
A la fin des années 90, la culture était absente de la périphérie. La Compagnie de Phalsbourg a été un des premiers groupes à implanter des magasins type Cultura ou Fnac dans ces zones commerciales. Ce qui a surpris dans cet univers. Philippe Journo a voulu apporter de la culture mais aussi du beau. En misant sur des projets architecturaux forts. D’ailleurs, il cite régulièrement une phrase de Kant : «Le beau est un des symboles du bien». Et la culture fait du bien.
Votre ambition est de démocratiser la culture ?
Avant de démocratiser la culture, notre volonté première est le beau. Des projets architecturaux mais aussi des oeuvres d’art. D’ailleurs, nous sommes signataires-fondateurs d’une charte appelée «Un immeuble, une oeuvre», en lien avec le ministère de la Culture. Ce qui nous engage à installer une oeuvre d’art au coeur de chacun de nos projets. Toujours cette volonté de permettre à tout le monde d’avoir accès facilement à quelque chose de beau. Chaque fois que nous ouvrons un lieu, nous mettons également en place une politique de partenariat et de mécénat avec des acteurs de la culture. En misant sur la transmission.
Quelques exemples ?
Plein ! Quand nous avons ouvert notre centre commercial à Sarcelles, My Place, juste après les émeutes de 2005, nous avons relancé un programme d’éducation des enfants à l’opéra. Un programme proposé dans des écoles parisiennes que nous avons développé en banlieue.
Autre exemple : près de Metz nous avons construit un centre commercial, «Waves», une sorte de grande soucoupe en aluminium. En devenant mécènes du Centre Pompidou Metz. Mais nous allons plus loin. Pour leur dernière exposition sur l’architecture japonaise, les équipes du musée sont venues dans notre centre commercial pour organiser des ateliers destinés aux enfants qui ont ensuite été invités au Centre Pompidou avec leur famille pour une visite privée avec médiation.
A Villefontaine vous avez également un projet culturel ?
The Village vient d’être inauguré et nous sommes déjà mécènes du Festival Berlioz à la Côte Saint André. Mais nous ne ne contentons pas de proposer quelques places aux VIP. Nous organisons le 25 août un concert dans notre village de marques pour sensibiliser le public et l’inciter à découvrir ce festival. L’idée c’est de donner envie aux gens d’aller à la culture. Nous jouons les intermédiaires car nous sommes persuadés que la démocratisation culturelle ne passe pas par la gratuité. Un musée ne fait pas venir plus de monde parce qu’il devient gratuit. En revanche, il faut stimuler la curiosité.
Les acteurs de la culture sont sensibles à votre démarche ?
On a un écho très favorable des structures culturelles qui ont envie de sortir de leurs murs pour toucher de nouveaux publics. On sent une volonté d’ouverture. Le ministère de la Culture nous a également doté du Fond Impact qui soutient des projets co-construits entre un artiste et des publics éloignés de la culture : détenus, patients d’hôpitaux psychiatriques, femmes victimes de violences conjugales, autistes…
D’où vient cette passion de Philippe Journo pour la culture ?
Ce qui l’intéresse c’est le beau. Et pour lui, tout le monde a droit au beau ! Son obsession aujourd’hui, ce n’est pas d’améliorer le bilan de son entreprise ou de générer plus de profits. Mais de construire du beau car il estime, en tant que promoteur, qu’il porte une vraie responsabilité sociétale. Si la France des villes et des villages est aussi belle c’est parce que des architectes et des constructeurs lui ont donné cette grandeur. Un promoteur a un impact permanent sur la vie des gens. Si on fait quelque chose de moche, on gâche des millions de vies.
Quelle est la motivation de Philippe Journo ?
Rendre la culture omniprésente dans le quotidien des gens. Avec sa femme ils sont très attachés à ce que la culture irrigue toutes les populations et tous les territoires. Pour eux, la culture doit être partagée et transmise. Car la culture élève. Impossible donc de faire le moindre pas dans nos centres commerciaux sans croiser une oeuvre d’art. A The Village, on vient d’inaugurer une oeuvre monumentale en verre d’Arik Levy qui rappelle un peu 2001 l’Odyssée de l’espace. Une oeuvre qui se fond parfaitement dans l’architecture.
Quelle est votre définition du beau ?
Je vais à nouveau citer Kant : «Ce qui est beau est ce qui plait universellement et sans concept». Il y a une sorte d’évidence dans la beauté. Pas besoin de codes, de décryptage ou d’éducation. Le beau est d’abord dans la sensation et l’émotion, pas dans le concept, le cérébral. C’est du ressenti même si pour aller plus loin, il ne suffit pas de montrer, il faut aussi éduquer.
Quelles disciplines culturelles privilégiez-vous ?
On s’intéresse à toutes les disciplines. Les arts plastiques évidemment. Mais aussi la danse, la musique classique, l’opéra, la vidéo… On est moins présent dans le cinéma et la littérature même s’il nous arrive de soutenir des projets. Comme l’ouvrage de Philippe Apeloig sur les plaques mémorielles dans les rues de Paris.
Comment sélectionnez-vous ces projets ?
Au coup de coeur. Philippe Journo est un mécène au sens premier du terme, un philanthrope. Et un passionné. Mais il écoute certaines figures qui lui permettent de découvrir et rencontrer des artistes. Aujourd’hui par exemple, il a un projet de musée de collectionneurs pour leur permettre d’exposer leurs oeuvres.
Philippe Journo est lui-même collectionneur ?
Bien sur. Il a beaucoup d’oeuvres d’art contemporain mais aussi des artefacts Khmers et des armures japonaises. Une grande partie sont exposées à notre siège parisien mais aussi dans nos centres commerciaux. Il en prête également à des musées. On s’applique à nous même ce qu’on préconise : la circulation et l’omniprésence des oeuvres. Dans mon bureau, j’ai une oeuvre de Gloria Freeman, des éléments naturels peints.. Mais aussi en perspective des photos de Chris Levy, un Anish Kapoor…
Avec la salle Rameau, vous voulez renforcer votre image culturelle ?
En 2014, nous avons participé à Réinventer Paris, une consultation internationale lancée par Anne Hidalgo. Et depuis, nous nous positionnons un peu différemment. Avec un objectif : construire la France de demain à travers de grands projets urbains. Une évolution naturelle qui a permis à la Compagnie de Phalsbourg de s’imposer dans trois projets dont «Mille arbres», un immense immeuble-pont qui enjambe le périphérique, et le Philantrolab un hôtel particulier du 15e siècle où sera installé le premier incubateur de la philanthropie.
Mais on développe aussi des projets où la culture tient une place prépondérante. C’est le prolongement de notre ADN. Comme à Toulouse où on a un projet avec le plasticien Jean-Marc Bustamante, on travaille aussi à Paris sur une friche industrielle pour développer une immense fabrique des cultures… Bref, nous créons des lieux de culture. Ce que nous souhaitons faire avec la Salle Rameau. Un projet qui s’intègre parfaitement à notre politique de défense du patrimoine.

Propos recueillis par Philippe Brunet-Lecomte et Nadège Michaudet
Photo : Philippe Journo, fondateur de la Compagnie de Phalsbourg

 

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