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La jeune compagnie Groupe B propose une des premières pièces de Bertholt Brecht au Théâtre des Clochards Célestes. Bel exercice souligné par une mise en scène assez magistrale.

"Tambours dans la nuit" Les Clochards transfigurés

Tibor Ockenfelds, retenez bien ce nom. Un inconnu dont on ne sait rien. On a beau fouiner sur le net, pas grand chose. A part qu'il a été formé à Saint-Etienne, Comédie évidemment. Un jeune comédien qui, dans l'ombre, fait une démonstration de mise en scène avec de ce "Tambours dans la nuit". Peu de moyens mais un vrai talent. Exemplaire, surtout à une époque de disette budgétaire pour la culture.
Pour eux qui n'ont jamais mis les pieds aux Clochards Célestes, sur les pentes de la Croix Rousse, on précisera que ce théâtre de poche dispose d'un espace assez exigu. Mais qu'il a réussi à élargir la scène. Avec un certain culot.
Il y a d'abord un beau texte bien sûr. Brecht. L'histoire, tout le monde la connait. Berlin, 1918. La fin d'un carnage imbécile. On est chez les bourgeois. Les Balicke. Un couple et sa fille Anna qui attend son Kragler depuis quatre ans. Premier amour. Hantée par ce fantôme mais harcelée par sa famille qui veut lui donner un mari convenable. "Une femme sans homme c'est une boutique à blasphème". Ce sera Friedrich Murk, employé modèle dans l'entreprise du père. Anna finit par craquer. On célèbre les fiançailles. Mais tout à coup surgit le fantôme. Toujours amoureux. Il revient d'Afrique où il était prisonnier. L'enfer. Pour les parents de cette jeune fille, Kragler est un épouvantail qu'il faut chasser, oublier.
Mais dans l'Allemagne de l'empereur Guillaume II, le peuple gronde et descend dans la rue. Libérant sa colère contre cette guerre perdue mais qui a enrichie les "élites". Spartacus et "La grande lune rouge". Tout est alors possible. Comme pour Anna qui hésite. Friedrich ou Kragler ? Le renégat ou l'opportuniste ? Entre un "c'est fini" et un "je t'aime", elle embrasse ses deux fiancés en leur promettant son coeur.
Que faire de ce sombre "mélo" ? Tibor Ockenfelds a trouvé la solution en choisissant les Clochards et en travaillant cet espace.
Tout commence dans l'entrée du théâtre, là où le public attend devant le guichet. Il réussit à faire de ces quelques mètres carrés une vrai dimension. Avec rien. Une table, quelques chaises, un piano. Deux portes dont celle qui donne sur la rue, un couloir qui débouche dans un réduit… 20 minutes assez magiques où il a su donner de la profondeur à cet espace exiguë. Une voix lointaine, un jet de lumière, un regard à travers une vitre…
Puis tout à coup, on est invité à passer dans la salle où se déroule généralement les spectacles. Une cinquantaine de fauteuils à peine avec une scène un peu étriquée bordée par un mur de pierres. Là encore, simplicité. Ni tentures, ni toiles, ni accessoires. Dans un coin, une table et quelques chaises pour figurer un bistro. Mais tout prend de l'ampleur en jouant sur les extérieurs, deux portes, un escalier et une galerie. Jeu de lumière, de fumée. Et mouvement. Du son aussi. Voix qui viennent des coulisses, des canonnades, un cri lointain, une guitare qui s'approche… Et dans cette ambiance de fin du monde, on hurle, on fume cigares et cigarettes, on boit du champagne, du vin et du kirsch.
Il a déjà du métier ce Tibor qui a réussi à mettre Brecht dans sa poche !
De quoi permettre à ses comédiens de libérer leur énergie. "Vous n'auriez pas la même chose si vous étiez assis", se répètent en choeur ces douze lascars qui bondissent, gesticulent, s'insultent et s'empoignent avant de tomber à terre.
Le fantôme est parfait, tout en maigreur dans son cache-poussière vert de gris. Une force incroyable. Le père est aussi présent, massif, rustique et fragile. D'ailleurs, toute la petite troupe se lâche. Parfois maladroitement. Mais bon, c'est aussi ça le théâtre. Et ça passe très bien. Surtout quand un "petit rôle" comme celui du serveur, tout en finesse, révèle un jeune homme prometteur.
Alors oui, il faut allez voir ce "Tambours dans la nuit". Un bon moment. Une belle leçon. Petite lueur au coeur de la grande déprime culturelle. Et logique, ça se passe chez ces courageux Clochards !


"Tambours dans la nuit" de Bertolt Brecht mise en scène par Tibor Ockenfelds avec Groupe B et ses comédiens : Paul Berrocal, Julien Bodet, Boris Degex, Judith Goudal, Chloë Lombard, Arnaud Mathey, Charles Mouron, Matteo Prandi, Marie Ripoll, Simon Romang, Martin Sève en alternance avec François Gorrissen et Juliette Tracewski. Au théâtre des Clochards Célestes jusqu'au 18 mars. Durée : 1h30. Partir de 14 ans.

 

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