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Le 22 septembre, une nouvelle école ouvre ses portes au coeur de Lyon dédiée à l’improvisation. Interview de Péroline Drevon, co-fondatrice du café-théâtre l’Improvidence qui pilote cette première française.

Une vraie école à Lyon pour apprendre à improviser

Pourquoi ouvrir une école d’improvisation ?
Péroline Drevon : Ça fait trois ans qu’on a ouvert l’Improvidence, premier café-théâtre dédié en France à l’improvisation. On a alors commencé à organiser quelques stages. Mais il y a eu de plus en plus de demandes. On a donc décidé de créer une vraie école.
Comment financez-vous cette école ?
On est quatre associés avec des profils très complémentaires. Pour ouvrir notre café-théâtre, on a investi nos économies. Sans aucune subvention. En privilégiant la débrouille. On continue dans cet esprit. Mais on a des locaux de plusieurs centaines de m2, du matériel, lumière, son, décor… Et de bons intervenants.
Quel est le profil des gens qui suivent des stages d’improvisation ?
Ce sont soit des improvisateurs passionnés qui veulent se perfectionner sur des thèmes très précis : la comédie musicale, le clown, le mine, le burlesque… Soit des gens qui viennent essayer l’impro. Ils ont vu un spectacle, ils sont intrigués et ils veulent découvrir l’envers du décor.
Ce sont également des gens d’un naturel timide qui se disent qu’ils vont trouver des clefs pour lâcher prise. Ou des gens qui viennent dans un cadre plus professionnel, qui ont envie de trouver d’autres outils pour s’exprimer en public, se sentir plus à l’aise pour discuter avec quelqu’un…
Ce sont aussi des gens qui viennent simplement pour s’amuser entre potes. On a des mères-filles ou des pères-fils qui viennent ensemble pour retrouver du lien à travers une activité. On a aussi des retraités… C’est large, très large.
L’ouverture de cette école est-elle une première ?
Il y a des troupes qui proposent des cours d’improvisation, notamment à Lyon, comme on le fait depuis plusieurs années. Deux ou trois cours par semaine et ils appellent ça leur école. Nous on va proposer 14 cours par semaine par groupe de six à douze personnes. Le soir, l’après midi, le matin, le weekend… On démarre avec 200 stagiaires par semaine. Donc je considère que c’est la première vraie école d’improvisation avec un programme personnalisé. A la carte.
Chaque cours propose un thématique ?
Oui et il y a un parcours avec des niveaux pour accompagner les gens dans leur évolution. Et leur laisser le choix du sujet sur lequel ils ont envie de se former. Pas seulement une technique mais aussi des sujets : la politique en impro, l’amour…
Quels sont les qualités essentielles pour être un bon improvisateur ?
Tout dépend de la vision qu’on a de l’improvisation. Mais pour moi, si on veut être un bon improvisateur, il faut savoir se donner, se livrer, se dévoiler… Le reste vient naturellement.
Quel est le profil de ceux qui donnent les cours ?
Très différents car on a la chance d’accueillir dans notre café-théâtre de nombreux improvisateurs du monde entier. Et qui donnent des cours dans leur spécialité. C'est l’avantage d’avoir un café-théâtre couplé à une école. On peut impliquer des artistes de passage.
Ce sont toujours des professionnels ?
Oui des improvisateurs, comédiens, qui font de la scène régulièrement, bien sûr. Et qui ont une spécificité qu’ils maitrisent. Un intervenant qui assure un cours d’improvisation à l’américaine, par exemple, sera formé à Chicago. Ce sont toujours des gens expérimentés.
Les élèves montent-ils un spectacle à la fin du stage ?
Pas automatiquement. Mais pour de nombreux groupes c’est une occasion de se confronter à la scène, de mettre en application ce qu’ils ont appris.
Votre approche est-elle théorique ou concrète ?
Les deux mais chaque intervenant s’inspire de théories différentes. A aucun moment les stagiaires sont assis derrière une table avec un cahier à prendre des notes. En revanche, il y a des conférences qui traitent de ces approches théoriques. Exemple, Hervé Charton, docteur en improvisation qui a réalisé une thèse référence.
Hervé Charton donnera des cours dans votre école ?
Oui, il dirige des stages et on l’accompagne dans sa démarche. On a par exemple financé une partie de son voyage aux Etats-Unis où il a présenté son livre. C’est d’ailleurs un Lyonnais.
Il y a un travail conceptuel sur l’improvisation ?
Dans l’entrée de notre café-théâtre, il y a pas mal de livres. Ils illustrent cette diversité en soulignant qu’il y a de nombreux théoriciens de l’improvisation. Chacun a sa vision, sa technique… Moi je pense qu’ils sont complémentaires.
Quelques sont les grandes familles de l’improvisation ?
En France, on parle de «short form» et de «long form». C’est-à-dire soit le spectacle est composé de plusieurs petites histoires, soit c’est une pièce de théâtre improvisée. Ce sont les deux formats référence qui impliquent un travail différent.
Mais il y a aussi ceux qui ont une approche basée sur le «story telling». D’autres qui auront une approche basée sur la relation, les émotions…
Les premiers estiment que pour improviser une histoire, il faut dire quel est l’enjeu, qui est le méchant, comment ça va finir, quels seront les rebondissements… Et ils construisent tout ça dans leur tête pour suivre cette trame. Les seconds pensent que pour improviser l’important c’est de parler de soi, de ce qu’on ressent, notre passé, nos émotions… Ce qui pour eux suffit à construire une histoire.
Les différences sont-elles fortes d’un pays à un autre ?
Oui très. Entre l’impro qu’on propose aux Etats-Unis et en France où c’est beaucoup plus intellectuel. Alors que là bas il y un fluidité naturelle avec un vrai lâcher prise, aucun tabou…
Dans quel courant vous situez-vous ?
Nous on n’exclut personne. Mais on se positionne d’abord sur des valeurs qui nous sont chères : improviser dans la bienveillance avec l’idée que la construction est collective et pas contre l’autre. Etre ensemble et se faire plaisir. Pour nous l’impro n’est pas une compétition. Rien à voir avec l’esprit des matchs d’impro qui imposent des gagnants et des perdants.
Comment expliquez-vous le succès de l’improvisation ?
Plus il y a de gens qui assistent des spectacles d’improvisation et qui pratiquent l’improvisation, plus ça donne envie aux autres d’essayer. Quand on est dedans, on voit ce que ça apporte. D’où cette dynamique.
Cela correspond-il à un besoin de la société ?
Je ne suis pas dans l’analyse. Et puis je baigne tellement dedans…
Comment avez-vous plongé dans l’improvisation ?
En assistant à des spectacles ! J’ai trouvé ça tellement dingue que j’ai eu envie de tout comprendre. Et j’ai été séduite parce que j’ai appris à mieux me connaitre, à se lâcher. On ne réfléchit plus, on redevient des enfants… Moi quand je démarre un cours d’impro, je dis toujours : il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises idées. La première est la bonne à partir du moment où tout le monde la soutient.
Auriez-vous pu être une comédienne de texte ?
Je n’ai jamais pris de cours de théâtre classique. Et je ne sais pas si j’arriverai à travailler avec un texte. Déjà je ne sais pas si je pourrai l’apprendre ! Et puis il y a un coté tellement magique dans l’improvisation… C'est extraordinaire de se dire, je vais jouer ce soir et ce qui va ressurgir c’est une situation que j’ai vécu dans la journée. Et d’utiliser ça pour avoir une interprétation encore plus juste de la réalité. C’est ce coté instantané qui m’a attirée, faire avec ce qu’on est. Alors que je ne sais si je pourrai réciter un texte sur un sujet qui, au fond, ne me touche pas parce qu’il ne sort pas de moi.
Combien de temps faut-il pour acquérir un bon niveau ?
Il y a des gens pour qui le déclic sera très rapide. Pour d’autres, ce sera plus lent. Moi quand je me suis initiée à l’impro, chaque fois que je faisais un stage, j’avais l’impression de monter une marche. Puis je montais une autre marche avec chaque fois des déclics différents.
Vous n’avez aucune formation théâtrale ?
Non, je fais partie des ces improvisateurs qui ont tout appris sur le terrain. Je n’ai pas fait d’école mais des stages d’improvisation. Sous des formes et des thèmes très différents.

L’Improvidence, rue Chaponnay, Lyon 3e. A partir de 7 ans. 20 euros par cours de 2 heures. Module d’un mois avec quatre cours par mois. Moitié prix pour les étudiants qui s’inscrivent par deux. Tel : 09 53 36 70 72

Propos recueillis par Philippe Brunet-Lecomte et Nadège Michaudet

 

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