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Du 14 au 28 mars, Reflets propose une centaine de films ibériques et latinos soutitrés en Français, souvent en avant-première et en présence de leurs réalisateurs. Un événement unique dans la région. Interview de son directeur.

«Vamos al cine»

Quel est la particularité du cinéma ibérique et latino-américain ?
Laurent Hugues : C’est un cinéma qui traite de vrais sujets et qui a de l’audace dans la manière de raconter, une force mais aussi un espoir toujours présent. Même les films d’horreur ne sont pas gratuits, il y a toujours quelque chose derrière. «REC» par exemple, démonte avec talent les piliers du franquisme. Ce sont des générations d’auteurs qui ont vécu tellement de choses qu’ils font un cinéma très ancré dans la société. Un cinéma qu’on ne connait pas vraiment, qui se démarque du modèle américain mais aussi du cinéma français, qui fait trois fois le tour de la question avant d’y répondre. Les cinémas ibériques et latino-américains empruntent généralement un chemin plus direct et une esthétique plus frontale.

Votre programmation cette année ?

Le festival se décline en trois sections : Panorama, qui est vraiment la colonne vertébrale de cet évènement, avec 42 films dont 22 jamais sortis en France, 6 courts-métrages, des documentaires et des avant-premières… Le tout projeté dans 12 lieux différents de la région lyonnaise dont 10 cinémas. 

Les temps forts de ce festival ?

Des focus sur l’Espagne, la Colombie et le Brésil. A ne pas rater aussi, une diffusion spéciale de «REC» sorti en salle il y a dix ans. Et bien sûr le vote du public pour désigner le meilleur film sur une sélection de dix, représentant chacun un pays.

Les principaux réalisateurs présents ?
David Macian, un réalisateur à suivre, qui présentera au Zola «La mano invisible», un film sur le monde du travail. Il y aura aussi un véritable trublion du cinéma espagnol Pablo Bergerl au Comoedia, pour la projection d’«Abracadabra». Et enfin, Jhonny Hendrix Hinestroza, viendra parler de «Candelaria», film colombien sur la vie d’un couple de personnes âgées.

Les autres sections de ces Reflets ?
Regards qui proposera des séances gratuites, avec surtout des documentaires géopolitiques, ethnologiques et sociaux permettant de découvrir différents pays de l’Amérique Latine. La plupart du temps en présence des réalisateurs. Enfin, la troisième section propose plusieurs évènements hors cinéma : expositions, concerts, des soirées brésilienne, colombienne, dominicaine et portugaise, mais aussi la soirée de clôture, 100% espagnole à Villeurbanne où sera décerné le prix du public. Avant d’enchainer sur la projection d’un film espagnol majeur, «Attache-moi» de Pedro Almodovar. Suivie d’une paëlla et d’une fiesta espagnole !
Les têtes d’affiche ?
Alex de la Iglésia, avec «Le bar», inédit en salle car sorti un DVD en France dans l’anonymat complet. La réalisatrice Lais Bodansky, Pablo Lerrain ou Del Toro, Fernondo Pérez…
 Et les talents émergents ?
Natalia Garagiola, une réalisatrice argentine à suivre. Juliana Rojas et Marco Dutra pour «Les bonnes manières» en avant-première. Parmi les découvertes aussi : Diego Lerman avec «Notre enfant» ainsi que «Oscuro animal» de Felipe Guerrero sur la condition des femmes en Colombie, Claudia Huaiquimillia avec «Mala Junta» et bien d’autres jeunes réalisateurs…

Quelles thématiques seront abordées ?
Deux thématiques fortes cette année. Le rapport fils-père d’abord. Pendant longtemps, le rôle du père avait disparu des écrans. Le voilà de nouveau au programme avec des films comme «La educacion del rey» de Santiago Esteves ou le film chilien «Mala Junta» de Claudia Huaiquimillia. Autre thématique, celle de la femme, avec des partis pris clairs et une dizaine de portraits. Des films de femmes sur les femmes bien sûr, mais aussi des films d’hommes qui posent sur elles un regard d’une rare justesse.

Quels sont les pays les plus dynamiques ?
Certains produisent encore peu comme le Pérou et la Bolivie. L’Argentine revient en force après une traversée du désert, comme le Brésil, avec de jeunes auteurs qui sont aujourd’hui incontournables. Il y a aussi des réalisateurs très connus dont le cinéma n’a plus grand-chose à voir avec le cinéma ibérique ou latino car ils ont fini par être aspirés par le cinéma américain, comme Guillermo Del Toro, ou Amenabar.

Quel rôle peut jouer votre Festival dans la découverte de ce cinéma ?

Notre vocation c’est de faire connaitre ces films, notamment ceux qui ne sont pas distribués en France, ceux auxquels la presse ne s’intéresse pas… On est aussi très attentif à la langue. Exemple : on ne pas programme les films en anglais, car on considère qu’ils n’ont pas besoin de nous pour acquérir un notoriété. 

Le public français est-il sensible à ce genre de cinéma ?

Il y a encore une grande méconnaissance du cinéma ibérique et latino. Même si un certain nombre de films sont distribués en France, même si on sent qu’il y a du potentiel, du nouveau… On a l’impression que les distributeurs ne savent pas quoi en faire, car ce sont des films tellement différents de ce qu’on a l’habitude de voir, au niveau du ton et de la technique narrative. Mais il y a tout de même une prise de conscience, qu’il faut l’encourager et un public amateur. Ce cinéma fait voyager, toucher du doigt des problèmes mais les traitant de façon différente. 


Propos recueillis par Louise Reymond
Photo : "Attache moi" de Pedro Almodovar avec Victoria Abril

 

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