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Après son mémorable «Charlotte» difficile de récidiver pour David Foenkinos. Il n’a pas hésité avec un roman étonnant. Parfois quelques facilités, mais un livre touchant sur un beau sujet.

«Vers la beauté» Un roman qui effleure le génial

Antoine Duris a décidé de «s’évaporer». Tradition japonaise, parait-il, pour éviter d’avouer publiquement sa «déchéance». On ne sait pas trop pourquoi il décide de devenir simple guide dans un musée, lui l’éminent professeur des Beaux-Arts, vénéré par ses élèves. Au fil des pages, on tente de comprendre. Pas facile. Joli suspens.
«J’ai décidé de partir pour long voyage», explique le fantôme qui tout à coup a décidé de disparaitre. Lyon-Paris. Avec à la clef un double mensonge à ceux qui l’aime . «Tout va bien», dit-il en annonçant qu’il va accomplir son «rêve» : écrire un roman. Belle excuse pour justifier ce mystérieux «je m’en vais».
Peu à peu on découvre cet Antoine, déchiré par une histoire d’amour qui vient de se conclure sans préavis : «Tu ne peux pas être le père de mes enfants», lui avoue Louise qui lui préfère un avocat grisonnant. La gifle.
En parallèle, une autre histoire. Camille. Une adolescente appliquée et bien sage qui se découvre un talent au lycée. Dessin, peinture… Et un prof, vieux, gros, mais un sourire gentil. Yvan. «Tu as quelque chose». Ils se fascinent. Et ça dégénère au cours d’un tête-à-tête. Viol brutal. Elle survit alors que lui manigance, enfermé dans son crime, pour la réduire au silence.
A Paris, l’évaporé, beau et brillant garçon, se mure dans la solitude. Survie aussi. A peine une esclandre et un frisson pour Mathilde qui l’a embauché. Sexuel.
Tout à coup, au coeur de ce roman, une image violente : la tombe de Camille dans un cimetière lyonnais. On est perdu. Mais le talent de Foenkinos, c’est de tendre le fil. Et de faire basculer son livre. Antoine a fini par croiser une Camille perdue. «Je crois en toi», lui glisse-t-il alors qu’elle murmure «Je suis heureuse».
Des facilités dans ces 200 pages captivantes. Camille, destin tragique. Camille Claudel. Un viol mis en scène avec légèreté où une mini-jupe joue un rôle clef. Deux profs aussi, deux caricatures. Un moche enfermé dans son petit lycée. Un séducteur paré de sa belle innocence. Et une jeune artiste sans visage. Un geste, un futur qui fascine les deux lascars. Un peu simple. Car il manque l’essentiel : trois égos passés sous silence. Dommage. De quoi être frustré car Foenkinos a manqué de peu le génial. A l’image du décor où se joue le drame, deux villes transparentes. Paris esquissée, Lyon effleurée. Sans doute l’envie d’aller vite, trop vite. Mal du siècle.
Mais un roman qui secoue, quand même, car il confronte deux âges. Celui de la maturité où on a envie de transmettre pour prolonger une vie. Et lui donner du sens, négligé souvent pour réussir. Et l’âge où tout est possible à condition d’apprendre pour grandir. Et de ne pas faire de compromission pour conquérir le regard des autres. Réussir à tout prix, là encore.
Eternel paradoxe où se confrontent les générations. Beau sujet exploré par le «père» de Charlotte, dans un univers sensible. Artistique, donc complexe, car les ambitions sont puissantes et les esprits vulnérables. Aspirés par un formidable alibi, la «beauté».
A lire pour aiguiser son sens critique avec bienveillance. Mais réservé au coeurs purs !

«Vers la beauté» de David Foenkinos. Edition Gallimard. 222 pages.

Philippe Brunet-Lecomte

 

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